Radio Kanal K – Suisse – Emission “Fenêtre sur l’Afrique”

Journaliste : Sylvain Amos avec l’intervention d’un confrère basé en Allemagne : Romain Koudjodji

Email : fenetre.afrique@gmail.com

Samedi 22 mai 2010, 20-21h.

Partenaires: www.togocity.com et icilome.com

Interview: Dr Yves Ekoué Amaïzo,

Coordonnateur provisoire international du Collectif pour la Vérité des urnes

Directeur du Groupe de réflexion, d’action et de réflexion “Afrology”

Email: info@cvu-togo-diaspora.org

Site Internet: www.cvu-togo-diaspora.org, www.cvu-togo.org et www.afrology.com

1. SA: Togo : Que pensez-vous de la formation du Gouvernement de “large ouverture” proposé par le RPT?

YEA: C’est comme si des dirigeants togolais proposaient au Peuple togolais de choisir entre la République de la Vérité des urnes et la République de la Contre-Vérité des urnes. Autrement dit, voici un Peuple qui a souhaité confier le Togo en gestion à une équipe de dirigeants togolais. Quelques dirigeants se sont levés, avec l’appui de la Cour constitutionnelle et d’une partie de l’armée non républicaine, pour usurper les 100 % des voix des électeurs togolais et décident unilatéralement de s’en approprier 60 % et de proposer 40 % en sous-traitance et sous leur contrôle exclusif. C’est cela le Gouvernement de “large ouverture”. En réalité, il faut restituer les voix des électeurs à celui auquel le Peuple les a confiées, notamment le candidat du Front Républicain pour l’Alternance et le Changement (FRAC) ou alors à défaut, redemander à ce Peuple de choisir dans la transparence à quelle équipe de dirigeants il souhaite confier la gestion présente et future du Togo. Aussi, tous les termes et appellations non contrôlés comme Gouvernement de Large Ouverture (GLO), ou Gouvernement d’Union nationale (GUN) ou encore Gouvernement de consensus (GC) sont dans la même logique et demeureront sous le contrôle du Parti dominant qui souffre d’une grave crise de légitimité. La paix passe par un Gouvernement de Transition (GT).

Il y a donc lieu que chaque Togolais se regarde dans le miroir, face à sa responsabilité individuelle, pour faire le choix entre une République basée sur la Vérité des urnes ou une Contre-Vérité des urnes. Ceci n’est possible que si l’on arrive à convaincre l’Union européenne qui a financé la confusion électorale au Togo et certains pays et firmes transnationales lesquels, pour la défense de leurs intérêts au Togo, ont choisi de promouvoir la désinformation. Si la stratégie de la restitution du vrai choix des Togolais et Togolais ne trouve pas d’issue, il faudra bien penser à une alternative : un Gouvernement de transition qui doit être basé sur une feuille de route claire. A ce jour, seul le Collectif pour la Vérité des urnes propose, dans la transparence, un contrat social avec le Peuple togolais.

2. SA: L’opposition doit-elle participer à ce Gouvernement ?

YEA: De quel Gouvernement parlez-vous ? Celui de la République de la Vérité des urnes ou celui de la République de la Contre-Vérité des urnes. Il faut poser la question aux dirigeants de la dite opposition. Je vous rappelle qu’il n’y a aucune preuve aujourd’hui pour affirmer que le Togo a un Président légitime, encore moins un Gouvernement légitime. C’est un Pouvoir usurpé. Toute participation à un tel Gouvernement sans une concertation avec le Peuple relève de l’abus du pouvoir.

Aujourd’hui, le Togo regorge de personnalités mais aussi de citoyens prêts à des compromissions, prêts à se servir et non servir le Peuple togolais. Mais le Togo a aussi des citoyens éthiques, adeptes de la justice, du refus de l’impunité, du retour de la confiance. La question est de savoir aujourd’hui, si la majorité des Togolais souhaite continuer la construction d’une République fondée sur la Contre-vérité des urnes et s’en accommoder. La question est de savoir si la majorité des Togolais veut continuer à réclamer le développement et la prospérité du pays alors que tous les indicateurs économiques et sociaux démontrent que le régime dominant, qui a  fondé sa gouvernance sur la Contre-Vérité des urnes, s’est spécialisé dans le transfert de la pauvreté et des problèmes vers le Peuple et l’appropriation des richesses et des facilités pour lui-même et sa clientèle. Il est question de savoir qui veut être complice de qui ? Le CVU a choisi son camp, celui de la Vérité des urnes. Il s’agit d’une responsabilité individuelle et chaque Togolais et Togolaise est invitée à faire son bilan de conscience entre la Vérité des urnes et la Contre-Vérité des urnes.

L’opposition doit donc participer à un Gouvernement de transition qui ne peut être dirigé par le pouvoir dominant, ni par les candidats aux prochaines élections. Le CVU souhaiterait que le Gouvernement de transition soit dirigé par une équipe provenant de la société civile y compris ceux de la Diaspora sur la base d’une feuille de route précisant les termes du mandat et les résultats à obtenir en fonction du budget (disponible) avec le Peuple Togolais. C’est à ce prix que le Togo pourra retrouver, avec l’aide de Dieu, un retour de la confiance entre les dirigeants et le Peuple, entre une Armée républicaine et le Peuple.

3. SA: Concernant les 22 propositions que CVU vient de faire, pourquoi c’est maintenant que ces 22 propositions sont faites (voir < http://cvu-togo-diaspora.org/2010/05/21/la-cvu-propose-une-charte-en-22-points-pour-la-refondation-de-la-republique/1188″)

YEA: Ces 22 propositions font écho aux 22 recommandations de l’Union européenne qui ont conduit au financement de la confusion électorale pour la deuxième fois consécutive au Togo. Face à la difficulté pour l’Union européenne de confirmer ce que les Observateurs de l’Union européenne ont affirmé, à savoir, qu’il n’y a aucune correspondance entre les bulletins électorales et les souches retrouvées dans les bureaux de vote, il n’y a pas de preuve de victoire et encore moins de répartition de voix fiables entre les candidats au Togo. Donc, pour le Mouvement citoyen CVU et le Peuple togolais, le Togo n’a pas de Président. Faure Gnassingbé, par les procédures irrégulières dont il est familier, s’est autoproclamé Président, ceci sur le bilan économique le plus médiocre que le Togo n’ait jamais connu, beaucoup moins bien que celui de son Père pendant les 10 dernières années de son règne.

4. SA : Comment comptez-vous convaincre et le Gouvernement et la Population pour son accomplissement ?

YEA: A voir le soutien que nous recevons pour promouvoir la transparence, je ne pense pas qu’il y ait besoin de convaincre la Population. Au demeurant, chaque Togolais et Togolaise devrait se poser la question s’il veut encore vivre sous le règne d’un régime qui est passé expert en l’art d’appauvrir les pauvres et d’enrichir les riches sur la base d’un système de clientélisme détruisant l’initiative, l’innovation, la liberté, la croissance économique et favorisant la corruption.

Il est surtout question pour le Collectif pour la Vérité des urnes (CVU) de convaincre la Communauté internationale notamment l’Union européenne, les Etats-Unis, l’Allemagne, la France et l’Autriche et bien d’autres de ne pas s’afficher dans l’histoire à côté d’un Gouvernement qui fonde sa légitimité sur la force, les irrégularités graves électorales et surtout veut fonder le Togo sur une République de la Contre-vérité.

Il est difficile de convaincre un Gouvernement qui a choisi de construire une République de la Contre-Vérité des urnes et des comptes. Il est difficile de convaincre l’Union africaine, la CEDEAO (Communauté Economique pour le Développement Economique de l’Afrique de l’Ouest) et les chefs d’Etat des pays voisins trop préoccupés à  préserver l’autocensure et gagner des galons dans le syndicat des chefs d’Etat. L’Histoire saura les classer entre ceux qui ont travaillé pour l’émancipation de l’Afrique et en l’espèce du Togo, ou au contraire, ceux qui ont contribué, par leur silence coupable, à enfoncer le Peuple togolais dans la misère.

5. Romain: Pourquoi insister pour avoir des juges élus dans les 22 propositions du CVU et où en Afrique, pratique-t-on une telle approche ?

Il s’agit d’une question pertinente sauf que le fait de demander si cette proposition est pratiquée quelque part en Afrique pose un problème de compréhension globale du principe démocratique. En effet, vous savez que la plupart des pays africains brillent par leur capacité à organiser un brouillard parfait sur la séparation entre le pouvoir judiciaire et le pouvoir exécutif. A ce titre, le Togo est l’exemple pratique où l’interventionnisme de l’Etat a empêché la Cour constitutionnel de faire son travail en toute indépendance, au point d’éliminer avec des motifs scabreux un des candidat, Kofi Yamgnane, à l’élection présidentielle du 4 mars 2010. Cela ne grandit ni le Togo, ni le système judiciaire togolais et contribuera vraisemblablement à faire descendre le Togo un plus bas encore sur l’échelle du respect de l’Etat de droit, des droits de l’homme et de la séparation des pouvoirs.

Par ailleurs, c’est tout le problème de la démocratie que vous posez. A Etats-Unis le juge, le Shérif, le Gouverneur,  etc. sont élus. Pourquoi est-ce que cette innovation au Togo gênerait la démocratie ? Par ailleurs, vous savez que les Maires ne sont pas élus au Togo. Pourquoi est-ce que cela poserait un problème que le Peuple choisisse aussi ce représentant du Peuple au niveau local… Il faut aussi rappeler que les élections locales étaient prévues au Togo et n’ont jamais eu lieu… Ce n’est pas la faute du CVU, ni celle de la population. Enfin, c’est justement pour que le Peuple ait un droit de regard sur les juges qu’il est indispensable dans une société de confiance que le juges soient élus. Le juge ne peut juger le Peuple et être au service du Peuple togolais s’il n’est pas élu. Le peuple peut donc juger les juges en les élisant. C’est l’obligation de rendre des compte. Vous savez bien que si le juge n’est pas élu, avec les interférences politiques et le poids de l’argent, certains juges ne travaillent plus au service du Peuple togolais. C’est cela l’alternative que propose le CVU. Mais encore faut-il que le Peuple togolais soit intéressé à une alternative.

6. SA: En conclusion, votre analyse de la situation politique actuelle, notamment les droits de l’Homme et votre avis sur la formation de Gouvernement de large ouverture.

YEA: Sur les droits humains, rien ne va. Outre, l’impunité qui continue de sévir alors que la Commission Vérité Justice et Réconciliation affiche un silence assourdissant. Je rappelle que le Togo garde, dans des conditions inconnues, dans ses prisons au Nord du Togo des citoyens togolais, sans motifs, sans procès équitable. Il s’agit de prisonniers politiques, qui ont eu le tort d’avoir un avis différent de celui du pouvoir dominant. A ce jour et contrairement à ce qui est déclaré par le Pouvoir, ces prisonniers politiques ne sont pas libérés. Ce silence coupable du Pouvoir dominant reste une préoccupation sur la volonté réelle d’aller vers une large ouverture, surtout si cela doit exclure le point de vue de ceux qui partage les valeurs de la transparence, de la démocratie et de la liberté comme les prisonniers politiques actuels dont certains proviennent de la Diaspora. C’est ce mensonge permanent du Pouvoir dominant, relayé par certains médias à son service, qu’il y a lieu de rappeler lorsque chaque Togolais devra choisir entre la compromission et la vérité, autrement dit, un gouvernement de large ouverture ou un Gouvernement de transition.

Le Collectif pour la Vérité des urnes est devenu, par la force des choses et la loi de l’arbitraire qui règne au Togo, un des porte-paroles des Togolais sans voix et sans armes. Il est question pour nous de faire de l’influence sans la puissance et rappeler à chaque Togolais et Togolaise que le silence coupable n’a jamais permis à un pays de construire l’avenir de ses enfants. Ceux qui auront fait le choix de la République de la Contre-vérité devront aussi en accepter les conséquences pour eux-mêmes et plus tard sur les générations à venir qui ne manqueront pas de juger le manque de courage si nous nous taisons face à une démocratie falsifiée et palliative.

Le CVU ne peut proposer que ce qui est bon pour le Peuple togolais. Ce Peuple togolais ne peut plus dire qu’il n’a pas d’options. Ce peuple togolais doit exiger une feuille de route car une fois qu’il aura céder son droit à l’autodétermination de ses dirigeants en avalisant un Gouvernement de large ouverture, ce Peuple aura accepté de redevenir un Peuple-esclave après avoir lutté pendant des décennies pour sa liberté et la sortie du Protectorat. Ce sera un comble si des Togolais libres et non corrompus n’offraient pas d’alternative à ce Peuple. Dieu est témoin entre eux et nous, pour être précis, entre la République de la Contre-vérité et la République de la Vérité des urnes et des Comptes.


J’invite les Togolais et Togolaises à prendre connaissance de notre motion de soutien et continuer à nous encourager en signant cette motion de soutien sur les sites www.cvu-togo-diaspora.org et www.cvu-togo.org

Je vous remercie.

Share