Yves Ekoué Amaïzo, économiste, président du collège des experts indépendants, explique en quoi le fonctionnement du FMA est incontournable.

Les experts indépendants dont vous faites partie militent pour un FMA placé en dehors des mots d’ordre des leaders de la politique africaine. Est-ce réaliste ?

Le Fonds monétaire africain se veut être un instrument technique ayant pour objectif de corriger de manière conjoncturelle et structurelle les dé­ficits budgétaires. Ce sera un outil devant organiser progressivement la souveraineté monétaire de l’Afrique. Pour ces raisons, il doit être autono­me pour être efficace. Créer cette institution est une chose, savoir comment elle va démarrer, qui est membre, quel sera son capital et le mode de fonctionnement, énoncer ce qu’il faut pour que la machine soit réellement une institution finan­cière digne de ce nom est une autre Les experts indépendants apportent un regard extérieur, indépendant pour que les textes soient à l’image de l’institution dont rêve l’Afrique. Il est prévu des annexes qui offrent des alternatives aux Etats au cas où ils ne seraient pas d’accord sur certains articles.

Quel FMA espérez-vous qui soit différent du FMI ?

Le FMI est comme un médecin qui attend tes malades pour leur propo­ser des protocoles de soins, parfois sans réellement tenir compte de leur environnement immédiat. Le FMI accorde des prêts pour aider les Etats mais sous conditions qui ne sont pas toujours appropries et par-fou même défavorables. Exemple la privatisation qui contraint à la réduc­tion des effectifs et qui souvent amè­ne des crises sociales. Le FMA étant différent du FMI a pour mission de comprendre pourquoi les Etats ont des difficultés et de les aider à inves­tir les fonds prêtés dans des secteurs précis, identifiés comme l’origine du malaise économique ou susceptible de Créer la richesse et le bien-être. Nous souhaitons que l’Afrique se dote d’un Fonds monétaire capable d’améliorer les aptitudes produc­tives, les infrastructures, les échanges commerciaux aux seins des zones monétaires. Il faut pour l’Afrique, un FMA capable de ré pondre aux problèmes économiques, capable de soutenir le progrès, de contribuer à l’environnement des affaires.

Les leaders africains vont-ils adhérer à un FMA où ils n’auront aucune marge de manœuvre ou de manìpulation ?

Oui pour deux raisons : ils n’ont pas de choix. La crise financière est là. Les déficits sont trop importants. S’ils ne le font pas, ils seront obligés d’aller discuter avec le Fonds moné­taire international, qui va poser ses conditions, prendre au besoin une partie de propriété de leurs Etats. Ces leaders n’ont pas intérêt à perdre la capacité productive leur  pays.

Mais la mise en place de cet instrument prend trop de temps. Le projet de l’Europe a déjà abouti. La mise en place de leur Fonds monétaire n’a pas pris un an…

Il faut peut-être rappeler que l’Euro­pe s’est d’abord moquée du projet de mise en place d’un Fonds monétaire en Afrique. La récente crise finan­cière lui a plaqué la vérité en face et elle a aujourd’hui devancé l’Afrique. Pour revenir à la question, en tant que techniciens, nous pensons qu’il est important de bien déterminer ce qu’il faut pour construire un château

fiable et viable. Beaucoup de pays africains ont des réserves impor­tantes. Si l’Algérie, la Libye. Le Ni­geria, l’Afrique du Sud, Le Came­roun, le Kenya, la Côte d’Ivoire, etc. se décident aujourd’hui, le Fonds monétaire africain fonctionnera de­main, ils peuvent simplement garder ses réserves dans un Fonds pour gérer les problèmes de l’Afrique dans un élan de solidarité.  Car c’est ensemble qu’on peut mieux aider celui qui est en difficulté.

“Solidarité “, c’est bien ringard pour une institution qui nourrît de grandes ambitions…

Et pourtant le fondement de l’écono­mie est basé sur la solidarité. Ce n’est pas une notion ringarde. Au contraire, c’est valorisant. C’est la marque déposée de l’Afrique. Il faut mettre ces valeurs à profit dans les projets comme celui du FMA.

Le fonctionnement du FMA dépend-t-il seulement de la seule volonté des Africains ?

Oui. Les Etats et institutions étran­gères n’exercent aucune influence. C’est entre Africains et personne ne peut les en empêcher si la décision est prise.

Quels indices les leaders africains donnent-ils pour prouver leur volonté ?

Les chefs d’Etat sont prêts à faire fonctionner le FMA Ne doutez pas de leur volonté.

Propos recueillis par JF

Pièces Jointes

FMA 2010.11.19
Titre: FMA 2010.11.19 "Les leaders africains n'ont plus le choix" (56 clics)
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