Questions sur l’actualité du 8 Février 2012

Lors du 18e sommet de l’Union africaine (UA) de fin janvier 2012, tout le monde s’attendait à la morale du Secrétaire général (SG) des Nations Unies sur la corruption et le manque de transparence dans les élections en Afrique.

En référence aux initiatives des peuples d’Afrique du nord et du Moyen-Orient, Ban Ki-Moon a rappelé que les chefs d’Etat africains devraient « davantage écouter leur peuple et tirer les leçons des révolutions arabes ».

L’absence remarquée du Président Abdoulaye Wade au sommet de l’UA ne pouvait tomber à pic. Le mouvement citoyen « Y’en a marre » mais aussi la longue lutte patiente de l’ONG RADDHO (Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme) sous la direction d’Alioune Tine semble faire tâche d’huile au Sénégal. « Touche pas à ma constitution » est un slogan que les juges de la Cour constitutionnelle, aux ordres du pouvoir sénégalais, ont oublié d’entendre.

Alors en confirmant que le Président de 85 ans peut se représenter à un troisième mandat alors que la Constitution limite le terme à 2 tours, les membres de la Cour constitutionnelle viennent en fait de porter une atteinte grave à la démocratie sénégalaise. Du coup, les manifestations violentes dans les rues qui ont suivi l’annonce sont autant un rejet des juges constitutionnels que d’un certain droit des « en-haut-d’en-haut » qu’ils sont censés mettre en œuvre, non sans respecter les desiderata de certains pays occidentaux qui voient bien le Président Wade faire un troisième mandat.

Faut-il rappeler que c’est ce même Président Wade qui a demandé le départ de certains dirigeants africains comme Laurent Gbagbo ou Mouammar Kadhafi au motif qu’ils ont fait plus de deux mandats… Bref, il ne faut pas appliquer au Président Wade ce qu’il recommande aux autres.

Au sommet de l’UA donc, une fois que les 54 représentations des chefs d’Etat africains ont eu choisi le nouveau Président Yayi Boni en exercice de l‘UA pour 12 mois, le Président sortant, le chef d’Etat équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema, n’a pas manqué de faire remarquer « qu’il ne pourrait pas avoir de démocratie en Afrique si les pays ne bénéficiaient pas d’une économie robuste ».

Autrement dit, après 12 mois à la tête de l’UA, le Président équato-guinéen fait une hiérarchie entre économie et démocratie. Le premier doit permettre le second et non l’inverse. Le problème est que la plupart des pays africains sont des pays pauvres. Donc si l’on poursuit la pensée du  Président Obiang Nguema, pas d’économie prospère, pas de démocratie, un système qu’il a certainement eu l’occasion d’expérimenter avec une liste non négligeable de forfaits que rappellent les organisations de défense des droits humains et de biens mal-acquis.

C’est dans ce contexte qu’il faut rappeler que Ban Ki-Moon, le SG de l’ONU, a mentionné que les « révolutions arabes » sont aussi une « une source d’inspiration ». Alors, Ban Ki Moon prône-t-il en Afrique subsaharienne un printemps arabe ? Rien n’est moins sûr ! La surprise est venue de Ban Ki-Moon sur le volet social. Il exhorte les dirigeants africains à relever « le défi de la défense des droits des homosexuels » en Afrique. L’interdiction est souvent inscrite dans la loi et dans les mentalités au point que des crimes sont commis pour ceux que les gens considèrent comme des « déviationnistes » qu’il faut redresser.

L’Ouganda est en train de durcir sa loi pour transformer les peines de prison en peine de mort en cas de récidive. Il est vrai que l’influence des églises évangélistes très fanatisées où l’on retrouve la femme de Yoweri Museveni n’est pas sans corrélation avec la décision du Président. La tolérance prônée par Ban-Ki Moon semble aussi répondre à des intérêts de groupes de pression mondiaux qui semblent avoir un contrôle certain sur les Nations Unies.

Sur les 25 pays africains qui vont tenir des élections en 2012, Ban Ki Moon a rappelé que « l’avenir de l’Afrique dépendait aussi de l’investissement dans les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels ». Donc, l’économie non distribuée ne mènera l’Afrique nulle part. La solution de « l’économie avant la démocratie » n’est pas partagée par le Secrétaire général de l’ONU qui rappelle en fait que les deux vont de pair.

Qu’en pense le nouveau Président en exercice de l’Union africaine, le béninois, Yayi Boni ? Rien sauf qu’il est d’accord avec tout le monde. Le manque de transparence dans les transactions et la corruption qui gangrènent une partie du Bénin ne lui permettent pas de se donner en exemple, ni de  convaincre ses pairs africains. Ban Ki-Moon a peut-être raison de rappeler que le « droit à la tolérance existe ». Mais, le droit à la tolérance du pauvre, même s’il est sous-entendu, a peut-être été oublié par tous. YEA.

Ecouter la “Question sur l’actualité du Jour” sur Africa N°1 dans l’émission “La Grande Matinale” d’Eugénie DIECKY du lundi au vendredi à 6h33, 7h33 et 8h33.

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ONU-Afrique : Ban Ki-Moon prône-t-il le printemps arabe en Afrique ?
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