Questions sur l’actualité du 5 juin 2012

Dès la sortie du tableau satirique sur le Président sud-africain (fin mai 2012) avec des diffusions de photos sur l’internet, ce qui choque est bien le fait d’avoir un Jacob Zuma peint comme un grand empereur dans un ensemble de style « Napoléon » ou des tsars russes. Sauf qu’en plein milieu du tableau, l’artiste a « oublié » de peindre le magnifique tissu qui aurait dû recouvrir ce qui fait office de « lance » pour un homme, une sagaie aurait dit un  sud-africain de l’ethnie Zulu, la même ethnie que Jacob Zuma. Le problème est que cette sagaie était d’une taille irraisonnable, vraisemblablement re-surdimensionnée en fonction du nombre de femmes et d’enfants du Président Zuma. Alors les réactions ne se sont pas fait attendre. Pour ou contre ! Dégoûtant ou grotesque ! Absolument pas drôle ! Mais c’est bien de l’art… peut-être de mauvais goût.

Alors le problème est de savoir ce qu’aurait dit le peuple occidental blanc à Londres si un artiste blanc avait oublié de peindre le tissu qui protège la partie la plus intime de la Reine d’Angleterre ? « Shocking » aurait dit les Britanniques avec leur légendaire flegme ? Pas si sûr ! Et si c’était Barack Obama, Nelson Mandela, Nicolas Sarkozy ou Dominique Strauss Kahn ? Les réactions auraient polluées les médias français et internationaux selon l’image projetée de la personnalité choisie. Mais, sur le fond, les avis auraient été partagés… Le problème est qu’un tel tableau pourrait passer pour totalement déplacé dès lors que l’accusation implicite qu’il comporte et le message qu’il véhicule peuvent toucher un personnage dont le comportement ne peut servir de modèle pour la société tout entière. Alors, l’affaire est devenue politique. Le Congrès national africain (ANC) annonce qu’il « est extrêmement troublé et indigné par la manière désagréable et indécente avec laquelle Brett Murray et la galerie Goodman à Johannesburg ont présenté la personne du camarade-président Jacob Zuma ». Après l’indignation diplomatique, la plainte, puis le procès contre la Galerie Goodman et le Journal City Press qui ont aussi diffusé l’image du tableau sur l’Internet bien avant que deux hommes ne viennent défigurer le tableau-portrait de Jacob Zuma dans la galerie de Johannesburg. Une grande croix rouge sur le visage et une autre sur les parties sensibles du Président. Ces deux hommes ne se connaissaient pas avant que le premier, Barend La Grange, un Afrikaner blanc, ne prenne des pinceaux pour détruire le tableau qu’il trouvait «indécent» et l’autre, noir, Louis Mabokela, ne fasse de même. Tous deux ont été arrêtés pour vandalisme. Incroyable mais vrai, le vandale noir a été beaucoup plus malmené et maltraité que le Blanc. Alors l’Apartheid a-t-il vraiment disparu pour que le Noir soit malmené et le Blanc simplement sermonné, s’étonne Jackson Mtehmbu, le porte-parole du parti ANC, celui de Jacob Zuma, l’ANC ? Pour tenter de retrouver l’Ubuntu, la volonté de continuer de vivre ensemble, la justice sud-africaine a nommé trois juges, de trois couleurs différentes.

 Il est donc question maintenant de demander le retrait de l’internet de la copie du tableau original, de condamner les responsables de la Galerie et de la Presse pour « atteinte à l’image du Président », non autorisation demandée à Jacob Zuma et en définitive la volonté de nuire à toute une communauté, et enfin une condamnation pour racisme. La taille surdimensionnée de l’appareil procréateur du Président Zuma aurait dû être considérée non comme une injure mais plutôt comme un compliment. Mais, comme chacun le sait, le pays de l’arc-en-ciel qui tente de pratiquer l’Ubuntu, cette approche du « vivre ensemble » ne peut tolérer toute forme de représentation qui « clive » le pays en deux. Quelle que soit la condamnation ou pas, cela fera jurisprudence.

Mais au fond, les limites de la plaisanterie devraient certainement exister mais personne ne peut en définir les frontières dans un pays où les plaies de l’Apartheid ne sont pas cicatrisées. De là à penser voir la photo du tableau original arborer les murs du prochain « Festival des Arts Nègres » créé par le feu Président Léopold Sédar Senghor en 1967 n’est pas une impossibilité. Entretemps, il faudrait avoir « restauré la dignité du Président Zuma ».

Mais le vrai message du tableau de l’artiste Brett Murray est peut-être l’incapacité du Président sud-africain à dompter le chômage au même titre que son bas-ventre. Chacun peut conclure que l’artiste a tout faux ou qu’il dit vrai ! Il n’empêche que Jacob Zuma n’aime pas la plaisanterie de mauvais goût, même si ce tableau satirique met en avant des attributs imposants, toutefois au point mort. YEA.

Ecouter la “Question sur l’actualité du Jour” sur Africa N°1 dans l’émission “La Grande Matinale” d’Eugénie DIECKY du lundi au vendredi à 6h33, 7h33 et 8h33.

Pièces Jointes

Afrique du sud : peut-on dompter la liberté d’expression, le chômage et le bas-ventre ?
Titre: Afrique du sud : peut-on dompter la liberté d’expression, le chômage et le bas-ventre ? (83 clics)
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Description : Questions sur l’actualité du 5 juin 2012
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