Après les journées culturelles du Burkina en mai dernier, l’Association des Burkinabè de Lyon (ABL) a organisé, du 5 au 8 juillet, le premier Forum économique et de développement durable de l’Afrique (FEDDA). Durant deux jours, universitaires, chefs d’entreprises, étudiants, militants associatifs et travailleurs ont planché sur les atouts économiques de l’Afrique, les opportunités d’investissements, les secteurs les plus porteurs sur le continent noir, l’économie sociale et solidaire ou encore la formation.

D’après le président de la Chambre de commerce et d’industrie de Lyon, Philippe Grillot, une centaine d’hommes d’affaires lyonnais sont présents au Burkina, et Lyon entretient d’excellents rapports de coopération avec Ouagadougou. Représentant l’ambassadeur du Burkina en France, le conseiller économique, Abdouramane Ouédraogo a déclaré que l’ambassade accordait un intérêt particulier au FEDDA parce qu’il avait un lien direct avec la SCADD. Il a rappelé que le Burkina dispose d’un environnement des affaires favorable aux investissements et que la diaspora burkinabè et africaine devait aussi prendre sa part au développement socio-économique du Burkina. Il a révélé que deux dossiers portés par des Burkinabè de Poitiers avaient bénéficié d’un soutien du Fond d’appui à l’insertion des jeunes (FAIJ), un dispositif du ministère de la Jeunesse et de la formation professionnelle.

Parrain de la première édition du FEDDA, le ministre burkinabè de l’Environnement et du développement durable, Jean Koulidiati, a salué l’organisation de ce Forum et déclaré que le développement durable guide désormais les choix politiques de l’ensemble des gouvernements africains. Il a souligné que c’est d’une seule voix que les pays africains avaient parlé lors de la dernière conférence Rio+20, se félicitant que les conclusions aient pris en compte les préoccupations du continent noir en matière d’environnement. (A Lire demain, une interview du ministre où il fait le bilan de Rio+20, explique la politique en matière d’environnement et de développement durable du Burkina, et détaille le contenu de son agenda jusqu’au 2 décembre 2012). « L’Afrique n’est pas un pays, mais un continent de 54 pays avec des réalités économiques hétérogènes d’une région à l’autre, et même à l’intérieur d’une même région », a lancé d’entrée, Martin Yélkouni, économiste burkinabè et directeur du département Environnement à l’Université Senghor d’Alexandrie, en Egypte, « navré » de rappeler cette évidence à ceux qui « parlent de l’Afrique comme si c’était un pays ». Dans sa communication ciblée sur les pays de la zone Franc (UEMOA, CEMAC et Comores) il a souligné que le secteur privé n’y est pas assez compétitif, ces pays étant ce que les économistes appellent des « pays preneurs », c’est-à-dire incapables de peser sur la fixation des prix des matières premières dont ils sont pourtant les grands pourvoyeurs. Dotés de d’immenses ressources naturelles, les pays africains disposent désormais d’atouts pour amorcer le développement économique : une main d’œuvre de plus en plus qualifiée, des terres agricoles disponibles et un environnement des affaires de plus en plus sécurisé. Sur la parité F CFA/Euro, il a estimé qu’il fallait ouvrir largement le débat sur la pertinence de son maintien ou pas, d’autant que de nombreux économistes estiment que la fixité de la parité est un frein au développement de ces pays.

Intervenant sur les opportunités d’affaires en Afrique de l’Est, le directeur général de Novafrica Developments, Marc Schneider a estimé que c’est la zone où l’intégration est la plus avancée en Afrique. L’Afrique de l’Est compte trois communautés économiques de 26 pays et un marché de 600 millions d’habitants : le Comesa (Marché commun de l’Afrique oriental et australe) la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe) et la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC). Depuis l’année 2000, un marché unique et une union douanière ont été créés, il reste l’union monétaire et à terme, il y aura l’union politique. L’enjeu dans les années à venir réside dans l’augmentation du volume des échanges entre pays africains qui ne représentent pour l’instant que 14% contre 70% en Europe. Les secteurs de l’énergie, l’eau, le bâtiment, les équipements industriels et les infrastructures représentant des opportunités d’affaires pour tout investisseur misant sur le long terme. Consultant international et directeur de « Afrocentricity Think Thank », Yves Ekoué Amaïzo a noté avec insistance le fait que l’Afrique subsaharienne a enregistré un taux de croissance de 5,3% en 2012 contre 2% dans les pays industrialisés et 1,3% dans la zone Europe. Selon les prévisions du FMI, le taux de croissance devrait atteindre 5,4 en 2013 en Afrique contre 0% en Europe.

Afin d’augmenter la productivité en Afrique, il préconise entre autres, une réduction très significative de la pénibilité du travail des femmes, la remise en cause du modèle classique de croissance, la poursuite de la diversification des partenariats internationaux, notamment vers les pays émergents et l’association de la diaspora africaine. Alor que le secteur de l’artisanat contribue pour 34% au PIB de certains pays africains, une communication sur l’économie sociale et solidaire faite par Amadou Diome, coordonnateur de l’ONG sénégalaise Consept, a mis en évidence la nécessité de mieux accompagner l’accès des femmes aux crédits, principales actrices de cette économie.

Etaient également au menu du FEDDA, le renouvellement du partenariat entre la région Rhône-Alpes et les Hauts-Bassins, des rendez-vous d’affaires Be to Be, deux concerts animés par les artistes burkinabè, Kady Diarra et Bebey Prince Bissongo, un défilé de mode et un tournoi de foot remporté par la Côte d’Ivoire.

Joachim Vokouma, Lefaso.net

Le président de l’ABL, Amidou Ouédraogo, fait le bilan de la première édition du FEDDA et tire les enseignements pour l’avenir

Le FEDDA a-t-il atteint les objectifs que vous vous étiez fixés ?

Absolument, nous étions ambitieux en organisant le premier Forum économique et de développement durable de l’Afrique (FEDDA) ici à Lyon, et vu la qualité des communications et des débats à la Chambre de commerce et d’industrie (CCI), et à l’Institut national des sciences appliquées (INSA), je peux dire que l’image de l’Association des Burkinabè de Lyon (ABL) en sort grandie.

Tous nos partenaires ont salué le sérieux de l’organisation et je crois que le FEDDA a acquis une certaine crédibilité aux yeux des participants. C’est vrai, ce n’était pas la grande mobilisation attendue et c’est regrettable au regard de la pertinence des informations sur l’économie africaine et sur les secteurs porteurs qui pourraient intéresser les investisseurs. C’est la première édition et ce n’est pas forcément le nombre qui compte, mais le dynamisme des débats, des discussions et là, on a eu des échanges très fructueux.

Pour la deuxième partie à l’INSA qui n’était que la continuation de la première journée, compte tenu du fait que les intervenants étaient également de haut niveau, ils ont été à la hauteur de nos attentes. Pour les années à venir, nous allons tâcher de mieux étudier la période, peut-être au mois de mai ou juin, ce qui permettra au public d’y participer. Nous avions voulu organiser cette première édition dans la deuxième quinzaine de juin, mais il y avait des problèmes de disponibilité à la chambre de commerce de Lyon. Nous allons y penser dès maintenant et le FEEDA 2013 se prépare dès demain ; très rapidement il nous faut fixer les dates, les objectifs à atteindre et commencer la mobilisation afin que la participation qui nous a manquée cette année soit au rendez-vous en 2013.

Le Forum a été organisé autour du développement durable. Est-ce juste pour être à la mode où selon vous, c’est un thème réellement important aujourd’hui pour l’Afrique ?

Non, nous ne parlons pas du développement durable comme un thème à la mode, mais parce que nous sommes convaincus que le développement de l’Afrique doit s’inscrire dans un développement durable avec des partenaires responsables. Le paramètre « développement durable » est à prendre en compte dans la conception de nos projets, la manière dont nous mobilisons les entreprises. Le choix du ministre de l’Environnement et du développement durable comme parrain n’est pas fortuit, c’’est un signal très fort car nous voulions que la personne concernée par le sujet soit là et qu’il en parle lui-même.

Il a été aussi question d’économie sociale et solidaire, de développement de l’entreprise, de formation, d’élaboration de Business plan, etc… Oui, les différents sujets ont été choisis pour courir tous les éléments de l’action d’entreprendre : des informations macro et micro-économiques, les secteurs porteurs en Afrique, le rôle de la justice ou l’élaboration du business plan pour les porteurs de projets, etc. Ce dernier point me parait très important pour les jeunes ou les Africains de la diaspora qui souhaitent entreprendre en Afrique. On ne peut pas parler de création d’entreprise ou de développement d’entreprise sans parler du business plan, c’est une des pièces maitresses de la réussite en entreprise. La bancabilité du projet, le plan de financement, la décision de financiers d’accompagner ou pas le porteur du projet, etc., reposent sur la crédibilité du business plan.

Comme l’a souligné l’intervenant Yves Amaïzo Ekoué, beaucoup d’entrepreneurs font de la loterie en se lançant sans business plan, ce qui revient à prendre trop de risques. Il faut qu’il y ait une vision de l’entreprenariat et c’est pour cette raison que nous avons mis le business plan au cœur de cette première édition. Il est fort possible que nous le programmions à nouveau aux prochaines éditions du FEDDA. Journées culturelles en mai et Forum économique en juillet, comment entretenir la flamme de la mobilisation au sein de l’ABL ? Pour être franc, nous avons eu peur à un moment de la dimension que prenait le FEDDA. La pression est progressivement montée en même temps que s’engageaient les partenaires : La chambre de commerce de Lyon, l’INSA, L’université Lyon1, le Grand Lyon, la région Rhône-Alpes, Lyon Attitudes, Bruxelles Airlines, ADEA, etc.

On s’est donc dit qu’il fallait être à la hauteur de la confiance que ces gens plaçaient en nous quitte à passer des nuits blanches, parce que ça demande beaucoup d’heures de travail. Quand la manifestation débute, c’est aussi une logistique à mettre en place et je profite de votre micro pour remercier tous membres de l’association, ceux qui nous ont aidés, et nos partenaires en espérant qu’ils nous accompagneront dans les années à venir quelque soit le bureau en place. Nous avons allumé une flamme qui doit rester allumée pour le bonheur des Burkinabè de la région Rhône-Alpes et de France. Chapeau bas au comité d’organisation qui était à la hauteur de la tâche, et nous essayerons de tirer les leçons afin de mieux organiser les prochaines éditions. Nous avons distribué à la fin de chaque journée, un questionnaire de satisfaction, et c’est un élément important qui fait partie de notre management qualité. Ce questionnaire permet au public composé de chefs d’entreprises, d’étudiants, de stagiaires, de noter ce qu’ils ont apprécié, les points négatifs et positifs et leurs réponses seront épluchées, analysées pour préparer le FEDDA 2013.

Parmi ceux qui ont fait des communications, certains sont hors de France. Avez-vous pu couvrir l’ensemble des dépenses ? N’avez-vous pas pris le risque de creuser un trou dans le budget de l’Association ?

Pas du tout, il n’y aura pas de trou, car le budget prévisionnel a été suffisamment étudié et toutes les dépenses qui ont été faites étaient prévues. En tant qu’association à but non lucratif, nous avons les fonds propres de l’ABL, mais aussi les subventions obtenues de la région Rhône-Alpes, du Grand Lyon par le billet du Collectif Africa50. Cela nous permet d’équilibrer nos comptes et, je peux vous rassurer que nous sommes vigilants dessus. Nous avons dépensé ce qui était prévu.

Vous avez programmé un exposé sur la situation économique de certains pays d’Afrique de l’Est (Kenya, Burundi, Tanzanie, Rwanda) et l’état de l’intégration dans la zone. Est-ce une façon de décloisonner les débats sur l’Afrique ?

Bien sur ! Cette année, le Burkina était à l’honneur et nous avons eu le plaisir d’avoir avec nous le ministre en charge de l’Environnement et du développement durable, Jean Koulidiati. Il y a eu un focus sur le Burkina la première journée autour de la politique du développement durable dans notre pays, sur les moyens de faire profiter aussi la diaspora aux dispositifs mis en place pour la formation et l’insertion professionnelle des jeunes, et comment mieux informer les Burkinabè de l’étranger sur les opportunités d’investissements dans leur pays d’origine. Mais l’objectif global de cette manifestation était de fédérer l’ensemble des Africains de la région et c’est dans cette optique que nous avons programmé l’exposé sur les opportunités de l’Afrique de l’Est. A chaque édition, on mettra l’accent sur un pays car c’est ainsi qu’on réussira à fédérer les autres associations africaines autour de notre projet.

Avez-vous un message particulier à l’attention du gouvernement Burkinabè ?

L’association des Burkinabè de Lyon était présente au lancement de la SCADD le 3 février dernier à Paris, un document qui définit les grandes orientations économiques de notre pays pour les années à venir. Dans ce cadre, la diaspora a un rôle à jouer et c’est pour cela que nous avons réfléchi sur la manière dont la diaspora peut apporter efficacement sa contribution à l’émergence du Burkina. Nous avons une double culture, et comme le ministre Koulidiati l’a souligné, le cela fait un plus par rapport à l’expérience acquise au Burkina. Au nom de l’ABL, je remercie le ministre qui a accepté de parrainer le FEDDA et je suis certain qu’il a bien vu les compétences existantes dans la diaspora burkinabè. Je ne doute pas qu’il saura traduire nos préoccupations et être notre avocat auprès de ses collègues.

Propos recueillis à Lyon par J.Vokouma

Source : http://www.lefaso.net/spip.php?article49268

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Diaspora : Les Burkinabè de Lyon planchent sur le développement durable
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