transfert illiciteBBC-L-Afrique-en-directINVITÉ BBC AFRIQUE du Lundi 17 juin 2013, Journal du soir

Journal de l’économie

Mariama Thiam,  Journaliste BBC Afrique Dakar, Sénégal : mariamathiam79@yahoo.fr

Interviewé : Dr Yves Ekoué AMAÏZO, Directeur Afrocentricity Think Tank, Groupe de réflexion et d’influence : yeamaizo@afrocentricity.info

Thème : Les flux financiers Illicites et l’Afrique

1.    MT : Peut-on estimer les montants illicites en circulation dans le monde et par régions ?

YEA : Merci pour l’invitation. Il est difficile d’estimer avec exactitude le montant de flux financiers illicites dont la caractéristique est justement d’échapper à l’enregistrement officiel dans les comptes publics. Toutefois, selon un rapport datant de janvier 2011 de Global Financial Integrity et portant sur la période 2000-2009, le montant estimatif pour tous les pays en développement en début 2009 se situerait entre 1260 et 1450 milliards de dollars des Etats-Unis ($US) 1. L’Afrique serait passé de 10,8 milliards de $US en 2000 à 59 milliards de $US en 2009, soit 4,5 % dans la part de l’ensemble des grandes régions du monde en début 2009. Rappelons que la part de l’Asie pour 2009 était de 44,4 % et celle de l’Europe de 17,8 %.

2.    MT :Peut-on caractériser les flux financiers illicites sortant du continent africain ?

YEA : Il y a en fait au moins quatre (4) caractéristiques des flux financiers illicites  en économie. Rappelons d’ailleurs qu’il s’agit là d’une forme de fuite des capitaux. On parle de flux financiers illicites quand :

1. le bien financier, son équivalent ou l’argent fait l’objet d’une acquisition illégale. Mais l’illégalité touche aussi le mode de transfert et les moyens de faire disparaître la traçabilité et l’existence même de l’actif financier ;
2. cet actif financier ou plus simplement l’argent doit nécessairement « ne plus avoir de trace » lors d’un enregistrement dans le pays d’origine et à fortiori lors d’un nouvel enregistrement dans le ou les pays d’accueil ;
3. les profits et autres gains effectués grâce à ces flux financiers illicites en dehors d’un pays d’origine des actifs financiers, ne sont en principe jamais réinvestis dans le pays d’origine, mais dans les pays qui les attirent ; Il existe d’ailleurs tout une législation permettant d’attirer ces capitaux illicites, ce en toute légalité ;
4. les flux financiers illicites n’apparaissent en principe jamais dans les comptes nationaux ou dans les balances des paiements. Cela est d’autant plus vrai que dans les opérations commerciales, les sous-évaluations des prix d’une transaction réelle ou les transferts liés à de la contrebande de marchandises sont systématiquement absents. ON peut ainsi aisément contourner les embargo et autres sanctions touchant les flux illicites de capitaux.

3. MT : Quel est l’impact des flux financiers illicites sur les économies africaines ?

L’impact des flux illicites sur les économies africaines est simple. C’est un manque à gagner extraordinaire pour le continent. Cet argent pourrait tout aussi servir à rembourser l’ensemble de la dette des pays africains, ce en une seule fois, tout en permettant en plus des investissements substantiels dans l’infrastructure de bien-être. Les responsabilités restent malgré tout bien africaines car l’exemple ne venant pas d’une volonté collective des dirigeants africains d’organiser sérieusement un système de contrôle et de discipline de ces flux. Mais, c’est aussi une absence de prise de conscience collective et une préférence pour l’enrichissement personnel de nombreux dirigeants africains. Cela ne rend pas pour autant les Etats et entreprises transnationales des pays riches ou émergents exempts de tous reproches. Paradoxalement, c’est dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, suivie par la Région Europe que les flux financiers illicites ont le plus progressé entre 2000-2009. Parmi les 20 pays en tête du classement des pays où le cumul des flux financiers illicites est les plus importants figurent :

1. La Chine,  avec 2, 176 milliards de $US ;
2. La Russie avec 427 milliards de $US
3. Mexique avec 416 milliards de $US
4. L’Arabie Saoudite avec 302 milliards de $US
5. La Malaisie. Avec 291 milliards de $US
6. Le premier pays africain est au 10e rang avec 130 milliards de $US. C’est le Nigeria 2.

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