Afr-Af-Sud-Mandela-Un-combattant-disparait-2013.12.06-Dario-CastillejosHOMMAGE DE AFROCENTRICITY THINK TANK À MANDELA

Dr Yves Ekoué AMAÏZO et François Fabregat

6 décembre 2013

 « Toute ma vie je me suis consacré à la lutte pour le peuple africain. J’ai combattu contre la domination blanche et j’ai combattu contre la domination noire. J’ai chéri l’idéal d’une société libre et démocratique dans laquelle toutes les personnes vivraient ensemble en harmonie et avec les mêmes opportunités. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et agir. Mais, si besoin est, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir » 

Nelson Mandela, Déclaration devant la Cour suprême de l’Afrique du Sud à Pretoria le 20 avril 1964 pour sa défense

Qui à travers le monde, en voyant les images de Nelson Mandela, ne se souviendra de la joie de vivre si communicative d’un homme qui en toutes circonstances, même les plus graves, sérieuses ou empreintes de solennité, était capable d’exorciser les angoisses en esquissant quelques pas de danse dans un déhanchement si naturel qui apaisait aussitôt les souffrances de la vie. Mais il ne faut pas s’y tromper.

1.    UN GRAND HUMAIN QUI A TRANSMIS L’ESPRIT DE LA RECONCILIATION

Si sur cette terre quelques hommes furent grands. Nelson Mandela fut bien de ceux-là. Un homme finalement très simple, humble serviteur toute sa vie durant et jusqu’au dernier souffle de la cause qui fut la sienne.

Nelson Mandela fut cet homme qui après avoir conquis le pouvoir après quarante années de luttes, a fait passer l’avenir de son pays devant son avenir personnel, alors que tant de ses homologues africains s’accrochent au pouvoir des décennies durant au mépris de leurs peuples, au prix de la corruption, de la prévarication et de la contre-vérité des urnes.

Nelson Mandela aura mené tous ses combats de manière originale usant et abusant d’armes pourtant simples en plaçant en permanence la persuasion et la force de conviction, au centre de son action publique.

Quel épisode pourrait mieux illustrer l’art du contre-pied permanent qu’il avait institué en mode de gouvernance, que son premier acte politique, dès son accession à la présidence de la république d’Afrique du sud, en allant rencontrer chez elle la veuve du père de l’Apartheid, posant ainsi le premier acte de la réconciliation nationale en République d’Afrique du Sud.

Quel meilleur exemple que celui de  Nelson Mandela qui après 27 ans et pratiquement 10 000 jours en prison, avait conservé un charisme toujours intact et qui forçait l’admiration à la veille de son départ du pouvoir et hier de notre monde !

2.    LUTTER POUR LA LIBERTÉ D’ABORD ET AVANT TOUT

Le Monde gardera de Nelson Mandela le souvenir d’un homme qui ne se départait jamais d’un optimisme positif et communicatif. De l’homme qui avait su transformer positivement le sinistre pénitencier Robben Island dans lequel il fut incarcéré 27 ans sous le numéro de matricule [46664], en une véritable université laboratoire de combattants de la liberté de laquelle sont sortis nombre de futurs dirigeants de l’Afrique du Sud ! De l’homme qui a su à Robben Island créer un monde qui rendait à leur sortie les gens meilleurs.

Mais Nelson Mandela fut aussi un Homme lucide et réaliste quand les circonstances de la vie et les nécessités de la lutte l’imposaient. Convaincu que des années de lutte non violente contre l’apartheid n’avaient apporté aucune avancée il décida sans hésitation à franchir un pas supplémentaire.

C’est ainsi qu’en mai 1961, Nelson Mandela, sans hésiter un seul instant et utilisant déjà l’art du contrepied, pousse le Gouvernement sud-africain raciste à tomber dans le piège du recours à la force et la contrainte en faisant intervenir police et armée, comme seule réponse à la grève générale où les grévistes restent à leur domicile. La non-violence comme réponse à la violence permanente de l’autre était déjà dans les gênes du combattant de la liberté que Nelson Mandela symbolisait au nom de tous les combats noirs et parfois blancs morts pour l’unité du pays Arc-en-Ciel. Faut-il rappeler Steve Biko assassiné ou d’autres comme feu Walter Sisulu, surnommé le « Papa » et compagnon de lutte et prisonnier comme lui ? Nelson Mandela était le « grand-frère » des gens du Bien.

Nelson Mandela n’hésitera pas davantage à cette occasion d’affirmer que le passage à la lutte armée pouvait si nécessaire constituer le dernier recours, élaborera un plan de passage graduel à la lutte armée, des campagnes de sabotage contre des cibles symboliques, des plans de guérilla si les sabotages ne suffisaient pas à mettre une fin à l’apartheid.

3.    LA LUTTE CONTRE LES INÉGALITÉS ÉCONOMIQUES ET l’USURPATION DES TERRES

Nelson Mandela n’a pas pour autant oublié que la lutte se gagne au plan économique et que les inégalités et les townships devaient disparaître à terme. Mais paradoxalement, c’est la direction du parti ANC qui n’a pas voulu suivre ses recommandations dans le choix de ses dirigeants… Certains s’en mordent aujourd’hui les doigts car l’unité de l’ANC (African National Congress – Congrès National Africain) parti politique d’Afrique du Sud membre de l’Internationale socialiste, pourrait ne pas maintenir bien longtemps son unité et donc sa réconciliation si l’esprit de Mandela les abandonne.

Les tenants des richesses économiques sud-africaines feraient bien, volontairement, de partager les terres avec les autochtones d’avant, avant, avant eux, qui n’ont pas demandé à expérimenter l’Apartheid., un système qui mute comme un certain capitalisme qui fonde son accumulation sur le dos principalement et d’abord des peuples noirs, des pauvres et enfin des moins influents et les moins organisés.

4.    MANDELA, LA CONSCIENCE ETHIQUE DU MONDE

Les jeunes générations garderont de Nelson Mandela le souvenir d’un combattant infatigable et déterminé, qui a mis sa vie entière au service de la lutte et du bien commun pour rendre véritablement le monde et les hommes meilleurs. Le premier Président noir de la République d’Afrique du Sud qu’il fut, fut d’abord un Grand Humain. Son esprit a irradié tout le mouvement, sans oublier les principales femmes de sa vie, Evelyn Mase (deux filles), Winnie Nomzamo (deux filles) et Graça Machel.

Peut-on encore parler d’un Homme quand Nelson Mandela le Sur-Humain est passé du statut de « terroriste », dont il était taxé avec son mouvement ANC et que certains pays agresseurs permanents n’ont effacé de leur liste que vers les années 2000, à celui de conscience du Monde. Ceux qui critiquent encore la « raison Nègre » peuvent aller se coucher. Mandela n’en fait aucun cas… Il les a tous influencés. Il a changé certains. Mais une trop grande majorité discrète n’arrive pas à faire disparaître le racisme, inscrit dans leurs gênes, dont ils se servent comme d’une référence universelle pour expliquer leur conception du monde.

Mais quel monde ? Pourtant, c’est notre Monde à tous ! Il faudra d’autres « Mandela »…

Aussi, la lutte doit continuer. Paix à ton âme, Mandela. D’autres suivront ton exemple… Les ancêtres africains sont fiers de ta lignée, celle qui fait triompher le bien sur le mal. Merci encore !

Dr Yves Ekoué AMAÏZO et François Fabregat

© Afrocentricity Think Tank, Décembre 2013.

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