Africa24-YEAAFRICA 24 DAKAR, 18 Novembre 2014

Interview de : Dr Yves Ekoué AMAÏZO, Directeur Afrocentricity Think Tank

Journaliste : Guevanis DOH, Journaliste Web et Desk- AFRIMEDIA NEWS AGENCY- AFRICA24 – Dakar

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Sujet : L’Afrique peut-elle bénéficier d’un dividende démographique ?

Mots-clés :  Africa24TV – Baisse des naissances en Afrique – Dividende démographique – Fonds – FNUAP – Jeunes africains – Naissance – Nations-Unies – Population africaine en 2050 – UNFPA.

Problématique : Avec la baisse des naissances à l’horizon 2050, l’Afrique peut-elle bénéficier d’un dividende démographique comme le souligne le dernier rapport 2014 du Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNFPA)?

1.       Le Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP et UNFPA en anglais) vient de publier un rapport 2014 portant sur l’état de la population mondiale en 2014 avec un accent particulier sur le pouvoir de 1,8 milliards d’adolescents et de jeunes et la transformation l’avenir de leur pays. Faut-il y croire à ce pouvoir des jeunes, surtout en Afrique ?

Le Dr. Babatunde Osotimehin est le Directeur exécutif du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP ou en anglais UNFPA – United Nations Fund for Population Activities). Le dernier rapport 1 estime à 1,8 milliard de jeunes entre 10 à 24 ans dans le monde avec les nombreuses difficultés auxquelles ils devront faire face, souvent dans la douleur, les inégalités et l’incompréhension. Le Dr Osotimehin a rappelé que les « 1,8 milliard de jeunes d’aujourd’hui » ont une occasion exceptionnelle de « transformer l’avenir», du fait justement de leur grande potentialité d’innovation, de création – constructeurs et dirigeants de l’avenir. Mais il rajoute immédiatement que ces jeunes ne « peuvent transformer l’avenir que s’ils ont des compétences, la santé, la prise de décision, et de vrais choix dans la vie 2 ».

Aussi, ce pouvoir auquel il fait allusion n’existe que virtuellement. L’environnement dans lequel ce pouvoir pourra s’exercer fait défaut dans les pays en développement, et plus particulièrement dans les pays africains. Mais les choses sont en train de changer comme le Burkina-Faso vient d’en donner l’exemple avec une insurrection populaire à l’initiative d’abord des jeunes burkinabé, dignes filles et fils des « hommes intègres », comme Thomas Sankara, même s’il fallait passer par la parenthèse longue de Blaise Compaoré et son réseau. Mais attention à ce que le même environnement africain et international souvent hostile, ne conduise à ce que le pouvoir de transformation de la société africaine par les jeunes ne soit usurpé.

2.       Avec le recul des naissances, le FNUAP estime que de nombreux pays africains devraient en tirer un « Dividende démographique ». Qu’en pensez-vous ? Est-ce réaliste ?

S’il est vrai que l’on constate un recul des naissances en Afrique, le lien de causalité directe qu’établit le FNUAP pour dire qu’il y aura un dividende démographique 3 n’est pas automatique et peut même se révéler être faux.

Il faut toujours faire attention aux rapports des Nations Unies car ces institutions sont d’abord à la recherche de financement pour leurs nobles activités et tendent à souvent présenter les faits sous l’angle le plus positif, au point de gommer parfois les réalités, les causes et surtout les responsabilités, car il n’y a pas de fatalité.

C’est ainsi que selon le rapport du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNFPA en anglais), l’Afrique, pourrait bénéficier d’«une dividende démographique» lorsque la population en âge de travailler dépassera en nombre le reste de la population, en raison de la baisse de la fertilité. Cette institution fait parfois dans la conjecture avec des « si »… et annonce que «si les pays d’Afrique subsaharienne font les bons investissements et adoptent des politiques pour améliorer les opportunités offertes aux jeunes gens, leur dividendes démographiques combinés pourraient être énormes, au moins 500 milliards de dollars des Etats-Unis par an (400 milliards d’Euros), soit un tiers du PIB actuel de la région, pendant trente ans». Mais ailleurs dans le rapport, il est clairement indiqué que «sans un cadre économique et politique solide pour le soutenir, ce dividende démographique pourrait ne pas se réaliser entièrement». Aussi, de mon humble avis, cette organisation de l’ONU devrait commencer par une plus grande vérité des faits. Avec l’indice synthétique de fécondité des femmes entre 2010-2015 estimé à 5,2 pour l’Afrique subsaharienne contre 2,5 pour la moyenne mondiale et 1,7 pour les pays industrialisés, l’Afrique se « repeuple  4 » au moins deux fois plus vite que les populations des pays occidentaux. Cette Afrique doit apprendre à redistribuer ses richesses d’abord parmi une large majorité de la population.

Avec le nombre d’exclusion et d’inégalités qui vont croissant en Afrique, il faut se méfier des institutions qui annoncent des « dividendes » uniquement en termes de statistiques démographiques, économiques, etc. Le Directeur exécutif Dr Osotimehin semble d’ailleurs se démarquer des conclusions du rapport en rappelant à juste titre que « Le dividende démographique doit être mis à profit pour réaliser des opportunités de croissance et offre tout compris et bien-être pour tous ». Ce langage diplomatique pour bien rappeler que selon toute vraisemblance, il n’est pas évident que ce dividende démographique permette justement d’avoir les résultats tant escomptés si d’autres forces, souvent peu respectueuses de la volonté des peuples africains, se retrouvent au pouvoir. Le dividende démographique ne sera pas lié uniquement à la baisse de la natalité, mais beaucoup plus à une plus grande prise de conscience et de responsabilité des responsables africains. L’augmentation de l’espace d’indépendance économique vis-à-vis des pays occidentaux devrait aussi y contribuer.

On est donc plus dans les exhortations qui ne sont pas nécessairement des vœux pieux. D’ailleurs, le Directeur Exécutif du FNUAP exhorte les pays africains à considérer « le dividende démographique pour assurer que les gains traduisent par une croissance qui profite à tous ».

D’après moi, le dividende doit alors se définir comme le bien-être alloué à chaque membre d’une société, en fonction de la richesse créée et partagée au sein de cette société.  Cette définition n’est pas nécessairement actuellement celle de nombreux dirigeants africains.

3.       FNUAP affirme qu’il y aura un dividende démographique s’il y a un investissement massif en Afrique. Est-ce à dire que sans investissement massif, il n’y aura pas de dividende démographique en Afrique ?  Votre avis ?

Il faut savoir qu’à l’horizon 2050, un quart de la population mondiale sera africain. La population du continent sans compter la Diaspora africaine est estimée actuellement autour de  878 millions d’habitants (rajouter la Diaspora africaine autour de 350 milliards) en 2014, et devrait plus que doubler pour dépasser les 2 milliards d’ici 2050 5. Le FNUAP a raison de liée cette dividende démographique avec une dividende économique. Mais j’irais encore plus loin en parlant de dividende sanitaire, éducationnelle, culturelle et même sociétale, etc.

De mon point de vue, le dividende démographique est un leurre pour la majorité des populations africaines aujourd’hui comme à l’horizon 2050 si un investissement massif n’est pas fait par nos dirigeants dans la santé, l’éducation et pour limiter les inégalités. Pour cela, il faut une amélioration des pouvoirs d’achat et des revenus même si l’émergence des classes moyennes est un fait. L’Afrique connaîtra une augmentation assez significative des inégalités d’ici 2050 et surtout des disparités de plus en plus grandes entre les pays africains eux-mêmes, mais surtout dans un même pays, voire dans la même ville ou le même village. On assiste déjà à la construction de « véritables châteaux » en plein village africain alors que l’essentiel comme l’eau, la santé, l’électricité, la lumière, les routes est inexistant notamment en zones péri-urbaines et rurales africaines.

Un autre problème important doit être mis en exergue. Il s’agit des conséquences des impunités et des contrevérités des urnes avec l’usurpation du pouvoir par des élites africaines qui souvent ne sont pas les vrais choix des populations africaines. Cet état de fait pourrait démultiplier le nombre de groupuscules nihilistes de types Boko Haram ou Ansar Dine, avec la déstabilisation que cela va comporter pour les populations africaines. Enfin, il ne faut pas oublier que la volonté de limiter la croissance de la population noire et africaine a toujours une constante dans les politiques exogènes à l’Afrique.

4.       Ce dividende démographique pourrait s’améliorer si les taux de mortalité sont améliorés. Qu’en pensez-vous ?

Sans des arbitrages intelligents au service des populations africaines, l’investissement massif devra être ciblé notamment d’abord dans la santé, l’éducation et l’énergie sinon il n’y aura pas de dividende démographique en Afrique.  Le FNUAP a d’ailleurs constaté que « le taux d’homicide tend à être les plus élevés dans les pays où la proportion de jeunes est la plus forte 6 ». Autrement dit, cela ne sert pas les intérêts de l’Afrique d’avoir une population en âge de travailler de plus en plus nombreuse ne trouvant pas d’emplois décents, de se retrouver sans le savoir, la technologie et plus globalement l’éducation pratique.

Aussi, le doublement, voir le triplement du revenu par habitant d’ici 2040 pourrait se faire sur une base extrêmement inégalitaire, et peu lié à la création d’emplois productifs. Lorsque d’après les statistiques de l’UNICEF, l’on sait qu’en 2050, plus de 40 % des enfants de moins de cinq ans dans le monde vivront sur le continent africain 7 et que 50 % qui meurent à travers le monde sont africains avec un pic vers 2050 autour de 70 % remet sérieusement en cause le dividende démographique. L’UNICEF affirme qu’un enfant sur 11 en Afrique meurt avant d’avoir atteint l’âge de cinq ans. Cette moyenne est quatorze fois plus élevée que celle observée dans les pays à revenus élevés. Et les conditions de vie des enfants et des jeunes qui survivent ainsi que le pouvoir d’achat de leurs parents ne sont guère réjouissants puisque 30 % à 48 % de la population africaine vivent en dessous du seuil de pauvreté. Il ne faut donc pas s’étonner de l’importance de leur nombre dans les problèmes d’immigration 8, avec un nombre croissant de femmes et d’enfants 9.

Rappelons tout de même une des devises du Fonds des Nations Unies pour la population et l’enfance à savoir : « Réaliser un monde où chaque grossesse est désirée, chaque accouchement est sans danger et le potentiel de chaque jeune est accompli ».

Les jeunes africains sont souvent les plus vulnérables dans la société africaine et subissent de plein fouet les crises. Le cas des jeunes filles est encore plus difficile.  Tous ces jeunes finissent par servir de variables d’ajustement puisqu’ils sont en surreprésentation dans les rangs des chômeurs, dans les rangs des emplois informels, dans les rangs des mauvais salaires, sans oublier l’absence de sécurité sociale, et la difficulté à entrer sur le marché du travail dans des conditions équitables 10.

5.       Votre mot de fin. Comment s’en sortir en Afrique alors s’il n’y a pas de dividende démographique ?

Il y aura un dividende démographique avec des responsables africains sérieux et soucieux de l’intérêt des populations. Il faut nécessairement penser à utiliser l’expertise de la Diaspora. En guise d’exemple, il faut savoir qu’avec la Coupe d’Afrique qui échoit à la Guinée Equatoriale, grâce à l’esprit nationaliste du Président de ce pays, il est nécessaire de faire travailler les jeunes et surtout protéger leur santé ainsi que celle de tous les invités. Pour ce faire, je rappelle que de nombreuses expertises pour protéger des bactéries, virus et autres vecteurs qui pourraient gâcher la fête du football africain sont disponibles. Il suffit de contacter la Diaspora pour y accéder. C’est cette nouvelle coopération entre les dirigeants africains et la Diaspora africaine qui permettra d’assurer d’abord un dividende sanitaire et économique aux pays africains, ce qui devrait rapidement assurer un dividende culturel que le dividende démographique viendra renforcer pour passer de la situation actuelle de pauvreté avec son lot d’inégalités à celle de la prospérité et au bien-être des peuples africains. Je vous remercie pour l’invitation.

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