CVU-Togo-Diaspora-logo42.jpgANALYSE DE CVU-TOGO-DIASPORA DU 4 JANVIER 2016

Les traditions ont la vie dure et semble-t-il, plus celles-ci sont factices plus elles s’incrustent après avoir traversé les temps avec ténacité 1 pour s’incruster dans les mœurs sociales des sociétés modernes comme au demeurant celles traditionnelles. Ainsi chaque fin d’année, les vœux égrenés tel un chapelet de bonnes intentions par le Président de la République au Togo sonnent faux, même cette année ils ont été reportés.

1.       LES VŒUX DE FAURE GNASSINGBÉ : COMMENT TENIR DES PROMESSES NON TENUES ?

Tellement imbu de sa fatuité d’homme providentiel, Faure Gnassingbé ne fait même plus l’effort de faire accroire – ce que l’on sait ne pas être vrai – à ses concitoyens qu’il croit lui-même aux platitudes qu’il leur débite régulièrement lors des vœux de fin d’années ! Les discours de fin d’année de ce Monsieur en 2012, 2013, 2014 et 2015 sont éloquents car ils ont en commun de systématiquement faire l’impasse sur la question de la vérité des urnes et sur son maintien au pouvoir grâce à des groupes militaro-policiers prioritairement en charge de sa propre sécurité.

En guise d’exemple, le Togo n’a jamais connu d’élections locales, fondement d’une base électorale crédible. Par contre, les promesses non-tenues par l’héritier de la dynastie Gnassingbé au peuple togolais de tenir ces élections locales sont légion… et ne sont toujours pas encore programmées pour 2016. Mais est-ce que certains Togolais et Togolaises ne sont pas complices de cet état de fait, soit par ignorance, soit parce qu’ils ou elles en tirent profit, quitte à accepter de faire l’impasse sur les droits humains, l’éthique et la justice pour tous.

Rappelons tout de même qu’à la fin de l’année 2014, Faure Gnassingbé formulait les vœux 2 pour 2015 que ses « choix ne doivent pas le conduire à faire le lit de l’immobilisme ». Pour les élections présidentielles, il souhaitait que le succès se joue sur « la paix, la transparence et l’équité » afin d’ « affermir l’irréversibilité de son choix en faveur de la démocratie et du pluralisme ». La paix des militaires, équivalente à celle des cimetières, la contrevérité des urnes en guise de transparence, et l’augmentation des inégalités en guise d’équité, la réalité des vœux 2015 sont contredits par les faits.

Il faut savoir qu’entre 2010 et 2015 et compte tenu de ses ressources, le Togo apparaît comme le pays qui a le taux le plus élevé de la région (indice de Gini de 46 alors qu’en comparaison le Sénégal est à 40,3 et le Bénin à 43,4). Sous Faure Gnassingbé, 10 % des revenus du pays sont allés à 4,8 % de la population togolaise la plus pauvre alors que 10 % de la population la plus riche du pays se partage 34,5 % des revenus et richesses du Togo. C’est cela la recherche de l’égalité et la fraternité du système Faure Gnassingbé.

Conformément à la 8e recommandation du Rapport de la Commission Vérité Justice et Réconciliation portant sur la « nécessité de régler la question des réformes institutionnelles dans le cadre d’une réflexion approfondie », aucune vérité, ni justice, ni réconciliation n’a eu lieu avec le peuple togolais. La réforme politique s’est perdue dans les méandres de la faille d’Alédjo, situé au centre du Togo. Bref, entre 2012 et 2016, c’est bien l’immobilisme – sur la vérité des urnes, la vérité des comptes publics et les problèmes sociaux, notamment l’augmentation des inégalités et de la pauvreté -, qui a prédominé au Togo sous la gestion de Faure Gnassingbé.

En décembre 2013 lors des vœux pour 2014 3, Faure Gnassingbé a malgré tout reconnu qu’au plan de sa politique nationale, « les attentes, au demeurant fort légitimes n’ont pu être satisfaites… notamment pour ce qui est de la marche vers la consolidation de l’Etat de droit et le développement économique et social ». Il s’agit manifestement d’un Etat de droit sans vérité des urnes et un développement économique et social sans vérité des comptes publics, ce avec une impunité totale pour les corrupteurs comme pour les corrompus.

En décembre 2012, lors des vœux pour 2013 4, Faure Gnassingbé s’est fixé comme nouvel « objectif de refonder la société togolaise sur de nouvelles valeurs et de faire du Togo de demain une terre de cohésion, de concorde et de prospérité économique ». Chaque Togolais et Togolaise pourra faire son propre bilan du niveau d’amélioration de la cohésion nationale à la mesure des brutalités et des tueries de populations civiles pour régler des problèmes de droit civil au Togo. Le bilan sur la concorde politique n’est guère plus reluisant lorsque l’entente entre certains partis politiques de l’opposition, que ce soit en catimini ou au grand jour, se fait non pas sur les bases de l’adhésion à la politique de Faure Gnassingbé mais plutôt sur le montant transféré sur les comptes hors Togo pour rejoindre les rangs du parti des larbinistes, un parti informel au Togo.

Pour ce qui est de la prospérité économique, chacun sait que la croissance économique du Togo ne se traduit pas en création d’emplois décents, ni en pouvoir d’achat augmenté, ni en distribution de salaires et revenus améliorés, ni en amélioration du bien-être des citoyens, mais dans l’amélioration du bien-être d’une poignée de larbinistes rôdant autour du pouvoir et inféodés à lui pour survivre. A ce jour, l’Union pour la République (UNIR), -le parti du Président- a réussi à faire systématiquement occuper tous les postes de direction des entreprises publiques togolaises – souvent déficitaires quand elles ne sont pas liquidées après souvent de véritables pillages en toute non-transparence sans qu’aucune sanction ne soit prise contre les contrevenants -, par des individus membres d’UNIR. Il faut croire que la compétence managériale des entreprises publiques ne peut être trouvée au sein du parti UNIR.

Il est vrai que la volonté de Faure Gnassingbé d’aller vers « l’égalité entre l’homme et la femme » constitue un point positif, sauf que dans la pratique, cette égalité notamment au niveau des postes décisionnels ne s’est pas véritablement matérialisée, sauf pour promouvoir des femmes, membres de sa famille, de ses relations, de ses amours particulières, à des postes de responsabilité où souvent la compétence fait défaut. En matière électorale, Faure Gnassingbé a annoncé que la réforme de la parité « homme-femme » s’appliquerait aux « prochaines élections législatives et locales en vue de renforcer la présence des femmes au sein de la Représentation nationale et dans les conseils municipaux ». Tout le monde attend encore les élections locales, toujours repoussées dans le temps avec des préalables de palabres interminables. Peut-être que celles-ci réapparaitront dans les vœux à la Nation de 2020. Alors Faure Gnassingbé serait-il un usurpateur professionnel de la vérité des urnes ? Ne serait-il au fond qu’un vulgaire menteur ? Chacun pourra se faire son opinion !

Après son élection fondée sur la contrevérité des urnes qui en fait avec le temps s’apparente à une inversion pure et simple des résultats, Faure Gnassingbé, dans ses vœux du 31 décembre 2011 pour l’année 2012 5 s’est auto-félicité de « la dynamique de l’ouverture à toutes les forces vives de la nation qui a permis à l’Union des Forces du Changement (UFC) et à bien d’autres d’entrer au Gouvernement et d’apporter ainsi leur contribution aux efforts de reconstruction nationale ». Avec le temps, Faure Gnassingbé a simplement réussi à créer la zizanie dans l’opposition en divisant l’UFC, en humiliant Gilchrist Olympio que ses services ont cherché à tuer sans y parvenir… Mais au-delà des choix erronés de l’ex-opposant numéro 1 du Togo devenu le larbin numéro 1 de Faure Gnassingbé, le système de Faure Gnassingbé a décomplexé ceux qui allaient manger à sa table la nuit et en catimini tels des comploteurs contre le peuple togolais.

C’est ainsi que le peuple togolais se retrouve aujourd’hui sans véritable parti d’opposition crédible puisque la très grande majorité des dirigeants des 110 partis du Togo, -pas tous dans l’opposition-, n’acceptent pas l’alternance et le vote démocratique comme mode de désignation de leurs dirigeants. L’argent, la force, les origines familiales ou ethniques, mais aussi la puissance des militaires de la région d’origine ou les tours de magie du sorcier du village, non sans le soutien actif de certains chefs traditionnels, peuvent devenir de véritables handicaps à la démocratie au sein des partis. Le parti UNIR sert d’ailleurs de modèle où le débat sur une quelconque succession de Faure Gnassingbé se solde par des disparitions, des humiliations diverses et surtout des traversées du désert, voire des fuites vers l’étranger, rocambolesques ou pas. Mais la meilleure technique de Faure Gnassingbé, là où il excelle, est bien de convaincre les ex-opposants, comme au demeurant les ex-RPT/UNIR, d’adhérer à son parti informel du larbinisme professionnel, parfois sans payer, parfois en payant le prix fort… Il faut ici lui tirer le chapeau pour sa réussite en la matière.

Après son règne inauguré dans le sang entre 2005 et 2010, Faure Gnassingbé a fini par conclure dans ses vœux de 2010 pour l’année 2011 que les « concitoyens et en particulier ceux des couches sociales les plus défavorisées ont encore du mal à toucher du doigt la réalité des progrès économiques que nous avons enregistrés ces dernières années ». Il a d’ailleurs pris une bonne décision pour 2011 à savoir : « mettre un accent tout particulier sur l’amélioration du quotidien des Togolais et le renforcement de la solidarité nationale ». Il avait choisi à l’époque « d’engager un important programme de relance de la production » qui, [selon lui] a permis de dégager des excédents et de confirmer la capacité du Togo à aller au-delà de la sécurité alimentaire… avec un « programme d’investissement agricole et de sécurité alimentaire de grande envergure » lancé en 2011 « pour apporter des réponses durables aux préoccupations des producteurs et à leurs organisations. Ce programme permettra de les accompagner dans les activités de commercialisation, de transformation des produits agricoles, avec un volet important d’infrastructures rurales. L’objectif visé est d’améliorer les revenus du paysan et de réduire la pauvreté en zone rurale ». Les statistiques de sources indépendantes, -les vraies- parlent. Les exportations togolaises de matières premières agricoles sont passées de 23.4 % en 2000 à 9.1 % en 2014. 48,8 % des enfants togolais entre 7 et 14 ans doivent travailler au lieu d’aller à l’école du fait de l’augmentation de la pauvreté et des inégalités créés par le système RPT/UNIR. 89,5 % de ces mêmes enfants entre 7 et 14 ans qui travaillent dans les entreprises dites familiales et souvent dans l’informel n’ont pas de salaires 6. Sur ces questions, Faure Gnassingbé botte systématiquement en touche. S’il était un footballeur professionnel, un coach sérieux qui veut faire gagner son équipe le laisserait systématiquement sur les bancs de touche ou mieux dans les vestiaires. Mais au Togo, il est considéré comme le principal buteur qui ne marque jamais de buts. Aussi, beaucoup de citoyens togolais larbinistes font semblant d’applaudir puisque Faure Gnassingbé fait semblant de les gouverner.

Aujourd’hui en 2016, plus de 62 % des populations en zone rurale au Togo vivent en dessous du seuil de pauvreté. 73.4 % des populations sont en zones rurales et 34.6 % en zones urbaines 7. Ou bien ce programme n’a pas fonctionné du fait de nombreux dysfonctionnements et de la corruption ou bien il n’a jamais été question de le mettre en œuvre réellement. Les Togolais et Togolaises concernés qui reçoivent une partie des 378 millions de dollars des Etats-Unis, envoyés du monde entier par leurs fils et filles de la Diaspora pourront comprendre pourquoi cette somme d’argent ne peut pas être utilisée pour investir au Togo mais pour parer à la mauvaise gouvernance et soulager les populations en leur accordant les moyens d’une survie que Faure Gnassingbé refuse aux populations défavorisées.

C’est dans cette perspective qu’il faut retenir des vœux du 2 janvier 2016 de Faure Gnassingbé  que les intentions à savoir « Un Togo fort, prospère, juste et solidaire 8 » doivent être ajustées à la réalité des actes passés et posés par Faure Gnassingbé. A propos des élections présidentielles de 2015, la contrevérité des urnes s’est muée dans le discours en un « scrutin apaisé, libre et transparent, symbole d’une démocratie qui se consolide ». Dans les faits, les élections locales sont passées en priorité seconde et les citoyens risquent d’attendre que le processus de « décentralisation » devienne réalité avant de pouvoir songer à leur organisation concrète. Autant dire que ces élections locales devront subir le « traitement de la contrevérité des urnes » pour permettre une victoire du parti UNIR partout où cela est « nécessaire ».

Sur le plan économique et social, il faut s’étonner de « l’optimisme et la confiance de Faure Gnassingbé» fondés sur des rapports dont il est le principal ordonnateur et payeur et qui constatent l’amélioration des conditions de vie de la population en 2015 sans que ces constats ne soient validés par les faits à l’international, encore moins par des structures indépendantes et crédibles. Parler d’une « décennie de politiques de développement inclusif » alors que les indicateurs sociaux montrent que 20 % de la population profitant du système de Faure Gnassingbé se partage 51,6 % des richesses du pays, relève donc de l’indécence. Faure Gnassingbé est en train d’encenser les résultats forts décevants au plan social de sa propre gouvernance.

Il suffit d’aller demander aux syndicats togolais, -qui manquent aussi cruellement d’unité du fait de larbinistes agents-doubles- la situation sur le terrain. Mais la faim et l’insécurité qui en découlent, l’humiliation d’une grande majorité de citoyens togolais qui s’en suit, avec un chômage croissant, notamment chez les jeunes diplômés, ne pourront pas indéfiniment ne pas déboucher sur des actions plus énergiques en faveur d’alternatives plus efficaces en termes de gouvernance socio-économique au Togo. Pour cela, la culture du larbinisme propre à une trop grande majorité de Togolais et Togolaises doit changer. Le Sénégal et le Burkina-Faso ont montré la voie à suivre avec une société civile courageuse et dynamique.

Aussi, le vœu que formule CVU-Togo-Diaspora pour 2016 est que Faure Gnassingbé accepte d’écouter l’avis d’experts et médias indépendants, car contrairement à ses assertions, le Togo n’est pas un pays uni et la prospérité toute relative ne profite qu’à ses affidés larbinistes pour la plupart. Le problème est que le Togo, qui regorge de compétences, se trouve être dirigé par de véritables réseaux d’incompétents dont la puissance de solidarité se mesure à l’aune des promesses non tenues, des abus de droits et de pouvoir et bien sûr de la foi profonde et indéfectible aux vertus de la contrevérité des urnes, pour leur maintien aux affaires ad vitam aeternam.

Aussi, l’amour de certains Togolais et Togolaises pour la patrie ou pour Dieu ne doit pas servir d’alibi pour faire perdurer les injustices structurelles que génère le système fondé sur un pouvoir systématiquement usurpé. Bref, Faure Gnassingbé doit accepter que sous son règne, le peuple togolais puisse dire  avec « fierté et conviction » que le Togo n’est pas l’or de l’humanité. Au mieux, un petit caillou dont la couleur autoproclamée par les caciques du pouvoir a même transformé, la traditionnelle fête historique des Guins, qui marque le nouvel an pour ce peuple et se déroule à Aného (Glidji) connu sous l’appellation « Epe Ekpe Sosso » et permet d’invoquer « Dieu et les aïeux » pour accompagner le pays vers la paix et la prospérité. Cette fête qui se caractérise par la prise de « la pierre sacrée » en principe en septembre de chaque année, est l’occasion de grandes manifestations. Elle a aussi perdu de sa valeur puisque même les oracles font l’objet d’une censure ou d’une désinformation dont l’origine est à rechercher dans les cercles du pouvoir.

Il importe donc d’approfondir la question et de se demander si ce n’est pas le système subtil et discret du larbinisme institutionnalisé qui crée la confusion au sein des citoyens togolais au point de les empêcher de s’organiser pour gérer leur destin commun en dehors d’un système d’usurpation qui les humilie et les appauvrit de jour en jour. Après tout, peut-être que certains se contentent d’un tel système dès lors qu’ils ou elles en profitent ?

2.       EN FINIR AVEC LE « LARBINISME » DE TROP DE TOGOLAIS ET TOGOLAISES

Nul doute que les citoyens togolais n’échapperont pas tous les 31 décembre à la vraie fausse empathie dont a fait preuve celui qui dirige le Togo, du haut de son omniscience et de l’impunité qui l’auréole. Le larbinisme se retrouve dans toutes les couches de la population, ce sans sans corrélation apparente avec le niveau d’étude, l’ethnie ou le niveau de richesse. Le larbinisme peut s’appliquer au Togo indifféremment à une personne physique ou une personne morale, dont entre autres les partis politiques. Le concept est fondé sur une mentalité, voire une culture de la servilité avec une transposition entre un serviteur qui « reçoit » des récompenses ou des compensations dès lors qu’il démontre par tous les moyens, même les plus abjects et immoraux, qu’il accepte de servir sans broncher, une personne, un groupe, un système, le parti politique dominant, dès lors que cette entité est considérée comme détenant le pouvoir « quasi-absolu ».

Soyons assurés que « CELUI » qui comprend si bien ses compatriotes n’aura pas de mots assez mielleux pour dire à ses compatriotes que la situation va s’améliorer. Il ne manquera pas de flatter ceux qui parmi les Togolais et Togolaises continuent à l’aduler sans jamais faire le bilan du nombre de promesses non tenues,  des élections usurpées ad vitam aeternam par la contrevérité des urnes…, dès le premier tour grâce à la transmission électronique des résultats électoraux trafiqués d’avance. Tout ceci ne peut perdurer que grâce à une force armée, véritable soldatesque qui fonctionne dangereusement telle une « milice-police-armée » clanique et non comme une véritable armée au service de la nation, pour maintenir la population dans l’asservissement, la peur et l’ignorance quand il ne s’agit pas d’inculquer dans les esprits, insidieusement et de manière durable  le sentiment la fatalité.

C’est ainsi que les brutalités, grossièretés, les atteintes diverses aux droits humains, le non-respect des droits économiques et sociaux, les abus de pouvoir, les faits du Prince, se conjuguent au pluriel pour transformer le peuple togolais, individuellement comme au plan collectif, en des citoyens de la servitude volontaire. Celle-ci est amplifiée par le zèle dit patriotique de certains larbins ignorants qui se satisfont des retombées parcellaires et irrégulières que le système de Faure Gnassingbé veut bien leur concéder pour mieux les rendre dépendants du système.

Aussi, le peuple, lentement désinhibé des vertus de la culture du combat collectif et désorienté par les tergiversations du plus grand nombre pour organiser de manière structurée et stratégique le combat pour l’alternance politique, donne l’impression d’avoir fait l’impasse sur la compétence, l’efficacité, la création de richesses partagées, pour préférer la facilité et l’alignement sur le système Gnassingbé. Le résultat est terrible, près de 69 % de chômage – notamment chez les jeunes et les femmes. A croire que la protection du citoyen togolais s’est graduellement transformée en   protection du citoyen Faure Gnassingbé et ses sbires communautaristes.

Les réseaux ésotériques, avant d’être des forces obscures qui font reculer le Togo, contribuent aussi à structurer un larbinisme fondé sur l’autocensure, l’impunité et l’obligation de se taire comme mode de gouvernance de leur réseautage. Le problème est que cette forme de « socialisation » contribue à la perpétuation au pouvoir de ceux qui y sont déjà. Le Togo ne fait pas exception !

C’est ainsi que chez bon nombre de Togolais et Togolaises y compris dans la Diaspora, le syndrome du larbinisme correspond à un comportement pathologique visant à prendre systématiquement la défense des classes dominantes, souvent au pouvoir, au détriment de celles dont ils sont issus. Ce syndrome affaiblit les capacités d’analyse du larbin au point d’inverser le sens des réalités en lui faisant croire qu’il ou elle appartient déjà à la classe des arrivistes et des dominants. Il s’agit vraisemblablement d’un blocage psychologique qui conduit ce type particulier de Togolais et de Togolaises larbiniste à :

  • agir préférentiellement contre ses propres intérêts, individuellement et collectivement contre le Togo ;
  • opérer dans l’ombre si possible contre tous ceux qui ne défendent pas les intérêts de ceux qui sont au pouvoir, surtout si ils ou elles sont persuadés d’être faussement des « vrais patriotes » ou « véritables nationalistes » ;
  • œuvrer de manière proactive tout particulièrement au profit de ceux qui l’exploitent copieusement dès lors que l’illusion d’appartenir à la classe ou aux cercles de pouvoir auxquels ils ou elles aspirent est à portée de main, quitte à vendre son honneur, son éthique, son Dieu et sa grand-mère avec, juste pour quelques postes ou biens matériels sans lendemain.

Aussi, il importe d’apprendre à reconnaître un « larbin togolais », homme ou femme. Ils ou elles ont en général un amour inconditionné, – vrai ou faux car il y a aussi les hypocrites – pour le pouvoir de Faure Gnassingbé et son système d’usurpation de la vérité des urnes, d’accaparement des richesses avec incapacité de créer de la valeur ajoutée travaillée. Tout ceci contribue à générer des chômeurs du fait d’une nuisance systématique contre les entrepreneurs et les entreprises qui refusent la soumission  à la logique du système Gnassingbé. L’environnement des affaires, institutionnel et juridique se révèle être une véritable contrainte pour ceux qui veulent créer de la richesse dignement et des emplois décents.

Au cours du premier semestre 2015, la situation financière des entreprises togolaises s’est clairement détériorée. En effet, le nombre d’entreprises avec une détérioration de leur situation financière a augmenté de 6 % entre le 1er et le 2e trimestre 2015 et le nombre d’entreprises n’ayant pas une très bonne situation financière est passé de 96,5 % à 97,2 % entre le 1er et le 2e trimestre 2015 9. Aussi, la situation des entreprises togolaises est en fait alarmante, car incapables d’investissement et d’agglomération pour tirer avantage de la globalisation économique. De plus, le nombre d’emplois précaires, mal payés, indécents et souvent sans sécurité et filets sociaux est en augmentation constante sans que les autorités publiques togolaises n’interviennent pour faire respecter les droits des travailleurs, encore moins ceux des syndicats.

Il est alors plus facile d’opter pour l’assistanat et/ou l’usurpation du travail effectué par d’autres ou la richesse créée par d’autres. En réalité, le système de Faure Gnassingbé est incapable de générer de la productivité. Alors que le Togo était autosuffisant dans les années 60-70, ce pays est devenu totalement dépendant avec des citoyens hommes comme femmes, jeunes comme moins jeunes, soumis à la loi implacable de la faim et la dépendance économique. Ainsi les conditions sont réunies pour que le concept du larbinisme puisse devenir une échappatoire, surtout quand certains ecclésiastiques choisissent de troquer la vérité, la justice et la réconciliation contre le silence et la patience des Togolais et Togolaises. Dieu jugera chacun !

Il s’agit d’un véritable acte de foi pour le ou la larbiniste converti(e) ou convaincu(e) que valident les cercles ésotériques (importés ou locaux) par une solidarité de la dépendance alimentaire frisant parfois l’esclavage des temps modernes. L’assujettissement devient même une obligation et fonctionne par vases communicants et par cercles concentriques. Chacun peut y évoluer à sa guise dès lors qu’il ou elle choisit et accepte de convertir d’autres de devenir un larbin de Faure Gnassingbé. Avec plus de 38 ans sous le père Etienne Eyadéma Gnassingbé et 7 ans sous le fils Faure Gnassingbé sans vérité des urnes, il faut croire qu’il y a beaucoup d’adeptes du système du larbinisme au Togo. 

3. LES VOEUX N’ENGAGENT QUE CEUX QUI Y CROIENT

Le peuple togolais tend à pardonner rapidement chaque année en croyant que l’année nouvelle viendra par magie apporter des solutions à ses problèmes. Le pouvoir l’a bien compris et s’évertue à faire quelques gestes pour se faire pardonner, et pour faire oublier l’essentiel. Aucun peuple ne peut se développer dans la paix si ses représentants ne sont pas choisis et élus sur la base de la vérité des urnes.

Aussi, c’est donc bien le larbinisme qui constitue la maladie congénitale du peuple togolais au point de l’empêcher de faire émerger collectivement en son sein, des citoyens éthiques de tous horizons pour offrir des compétences pragmatiques et une alternative crédible au pouvoir actuel. Le pouvoir le sait et fera tout pour empêcher cette éventualité. A ce jeu, ce ne sont pas les vœux qui triomphent mais bien la force brute et la culture de la peur. Bien sûr, les forces extérieures qui voient en cela une menace pour leurs intérêts au Togo, – usurpés pour l’essentiel -, ne peuvent que soutenir le régime et le système en place, quitte à valider les contrevérités des urnes jusqu’au niveau de l’Union européenne et des Etats-Unis mais aussi de la Chine et des pays africains notamment francophones.

Le problème du syndrome du larbinisme togolais est qu’il s’applique autant au plan individuel qu’au plan collectif. Au plan décisionnel, le larbin opte quasi-systématiquement pour la pire des solutions qu’il ou elle considère comme « neutre », une option politique que certains s’évertuent à tort à considérer comme apolitique. Cette neutralité coupable 10 s’apparente à du suivisme au sein d’un espace d’ignorance avancée. Aussi, le paradoxe est que le larbin n’est pas aimé des pouvoirs en général, et à fortiori du système de Faure Gnassingbé qui l’utilise.

Le larbin togolais n’est un larbin que parce qu’il ou elle choisit, parfois par ignorance, mais souvent par dogmatisme, d’être un adepte du larbinisme dès qu’il ou elle croît que cela correspond à la « fausse volonté de son Dieu », un Dieu imaginaire qui laisserait un dirigeant et ses affidés s’enrichir indignement aux dépens de la grande majorité de la population togolaise. Il ne faut jamais oublier que le taux de pauvreté atteint les 69 % au Togo grâce ou à cause de la politique menée par le système Gnassingbé depuis 38 + 7 ans, soit 45 ans… Le niveau d’inégalité n’a fait qu’augmenter sous Faure Gnassingbé et suis un courbe asymptotique proche de l’humiliation collective.

Aussi, tous ceux qui sont victimes du syndrome du larbinisme togolais peuvent faire l’objet d’un « pardon collectif » dès lors qu’il ou elle accepte d’en prendre conscience et de changer. Mais justement, c’est le problème du larbin est qu’il ou elle n’a pas de conscience politique compte tenu des velléités régulières du pouvoir de censurer ou d’autocensurer une partie importante des médias togolais par le biais de l’intimidation et la destruction des équipements. C’est ainsi que lors des élections électroniques dont les contrôles sont devenus impossibles, le pouvoir en place gagne toujours au premier tour et refuse tout reportage indépendant des journalistes indépendants ainsi que tous décomptes manuels a priori et à postériori.

Sur un autre plan, les partis politiques qui ont endossé la responsabilité de jouer le jeu des élections togolaises en 2015 sont devenus les principaux agents de légitimation du système de Faure Gnassingbé. Ils auront du mal à convaincre les citoyens togolais, non adeptes du larbinisme, de leur crédibilité et de leur volonté réelle de changer l’avenir des citoyens togolais. Les partis qui ont refusé de jouer ce jeu méritent d’être salués et soutenus par le Peuple togolais. Mais ils doivent nécessairement travailler en réseaux en attendant de se regrouper au sein d’un véritable mouvement pour offrir des voies alternatives à celles prônées par Faure Gnassingbé et son système.

Quant à l’avenir des citoyens, il est allègrement confondu avec l’avenir du dirigeant politique lui-même, y compris dans le cadre d’une intégration qui pourrait prendre la forme d’un gouvernement d’union nationale élargie qui devrait servir de « solde de tous comptes des impunités passées » et permettra à chacun de prendre part au gâteau des élites au pouvoir. La critique du pouvoir par des principaux partis politiques qui ont légitimé le régime actuel, -même fondée- devienne illisible, surtout si de l’argent a circulé au sommet entre le pouvoir et la direction d’une certaine opposition qui ne s’intéresse plus à l’alternance mais prépare activement et en catimini sa prochaine participation à un gouvernement d’union nationale. Le Togo doit s’attendre à conjuguer le verbe manger non plus à la première personne du singulier (je mange), mais à première personne du pluriel (nous mangeons). Malheureusement, le « nous au Togo » exclut la majorité pauvre et sans influence de la population togolaise.

C’est ainsi que pour croire que l’avenir du Togo ne passe pas par la vérité des urnes, il faut ne pas avoir de conscience politique. C’est pourtant ce qu’affirment certains dirigeants politiques togolais ancrés dans l’opposition. Ils se trompent. Le futur du Togo régénéré passe, tôt ou tard, par la vérité des urnes sinon il n’y aura pas de refondation républicaine. Mais c’est bien le « comment refonder le Togo » qui pose problème compte tenu de la division de l’opposition entre d’une part, ceux qui légitiment le système et trahissent les espoirs d’alternance, et d’autre part, ceux qui souhaitent une alternance politique mais sont incapables de s’organiser collectivement pour faire émerger une équipe crédible pour gérer le pays. Mais dans les deux camps, on  trouve des larbins su système de Faure Gnassingbé dès lors que cela se traduit par des rétributions en cash, en nature, en poste et autres avantages…

Le larbiniste vote instinctivement dans l’intérêt de ceux qui l’exploitent pour s’attirer leur bienveillance. Parmi les 110 partis politiques togolais (bientôt 111), combien ont reçu de l’argent avant, après ou avant et après les élections pour instinctivement voter pour le système en place ou faire semblant de s’être fait voler la vérité des urnes ? C’est ainsi que les partis « larbinistes » cautionnent toutes les impunités, les injustices, les sacrifices et les décisions d’exploitations et d’austérité dont ils ou elles ont été ou pourraient être l’objet.  Même si sur le plan social, rien n’a avancé au Togo depuis que Faure Gnassingbé fait semblant de gérer ce pays, le larbiniste continue directement ou indirectement à croire à un avenir meilleur, dès lors que les vœux de 2016 sont clairs à ce sujet.

Bien que le système Gnassingbé, maître passager absolu du Togo, n’offre que peu ou pas de perspectives d’amélioration du bien-être et des conditions de vie de la grande majorité des Togolais et Togolaises, le larbiniste togolais continue à croire, que les lendemains seront meilleurs sans s’organiser collectivement. Bien sûr, les ecclésiastiques ou autres représentants des religions qui ont opté pour le conservatisme, l’hypocrisie et l’impunité finissent par ressembler aux adeptes des groupes ésotériques et des cultes rétrogrades, animistes et déviationnistes où les préceptes du Dieu unique sont troqués contre le culte de Faure Gnassingbé. Le discours reporté de fin d’année de Faure Gnassingbé serait-il un signe de la fin du règne de Faure Gnassingbé, ce malgré lui et ses affidés ?

Le larbiniste individuel ou collectif prend conscience de la médiocrité de sa condition face à la puissance dévastatrice du système de Faure Gnassingbé et opte inconsciemment, mais souvent volontairement, pour des stratégies visant à justifier l’acceptation de sa subordination, tout en s’assurant qu’il convertira d’autres à se soumettre à lui. C’est ainsi que le larbin finit ainsi par s’identifier à ses maîtres en s’imaginant appartenir au corps social que constitue au Togo le parti UNIR (Union pour la République) – hérité du parti unique RPT (Rassemblement du Peuple Togolais)- qui l’ont exploité et continuent de l’exploiter en toute impunité. C’est donc bien 45 ans de féodalité qui font croire aux larbinistes togolais que le règne de Faure Gnassingbé s’inscrit dans une logique de la fatalité, voire d’une évolution héréditaire que nul ne peut modifier génétiquement. En réalité, ce qui fait office de fatalité est bien la force, la brutalité et la répression sournoise que le monde occidental feint de ne pas voir tant que les intérêts de ce dernier sont préservés au Togo comme à l’international quand la diplomatie togolaise s’aligne sur les positions qui vont à l’encontre des intérêts du peuple togolais, au point que celle-ci est devenue une diplomatie de l’alignement, autrement dit une diplomatie du larbinisme à l’international.

Alors, les citoyens togolais y compris ceux de la Diaspora doivent sortir de leur égoïsme et de leur torpeur traditionnelle. Accepter comme une réalité immuable le règne de la contrevérité des urnes au Togo, c’est souscrire à cette forme perverse du rêve qu’est l’illusion que de croire que ce que l’humain a construit en 45 ans ne peut être reconstruit sur la base de l’éthique et de la vérité des urnes. Si le peuple togolais choisi stratégiquement de continuer à se tromper lourdement en 2016 en refusant :

  • de s’organiser collectivement ; et
  • de réduire l’ensemble des 110 partis politiques togolais en 2 ou 3 grandes ensembles politiques démocratiques par une forme d’élections ou un consensus interne, ce au cours d’élections primaires sans les partis UNIR et leurs satellites ;

alors l’avenir des larbinistes sera corrélatif à la durée de vie du système de Faure Gnassingbé.

Toute transition politique qui ne sera pas sanctionnée par la vérité des urnes sans un vote électronique, ne permettra pas de mettre fin à un système aussi inique que celui du Togo de Faure Gnassingbé. Mais peut-être que ce régime convient aux larbinistes. Alors qu’ils le gardent puisqu’ils ou elles profitent pour le moment de privilèges sur le dos de la majorité du peuple togolais !!!

Le peuple togolais, si le changement est encore d’actualité, devra dans son ensemble se méfier autant de Faure Gnassingbé et ses cercles d’affidés que de nombreux dirigeants des 110 partis politiques au Togo, pas tous adeptes de l’alternance. Tous semblent paradoxalement trouver un consensus sur une phrase attribuée à Henri Queuille, un homme politique français originaire de Corrèze et vingt et une fois ministre sous la 3e et la 4e  République en France : « Les promesses n’engagent que ceux qui y croient ». CVU-Togo-Diaspora estime que le problème n’est plus les promesses, ni finalement ceux qui y croient, mais bien celui qui a usurpé le droit à l’autodétermination du peuple togolais et dont le cycle d’usurpation approche de sa fin.

Faure Gnassingbé, ne fait pas dans la dentelle lorsqu’il s’agit de se maintenir au pouvoir. Il a tenté de faire croire au Président français, François Hollande, qu’il s’est converti à l’écologie de la COP 21, suivant l’exemple de ce dernier. Le Togo a connu plusieurs blessés et morts (Gleï, mars 2015, Mango, novembre 2015 pour ne citer que ces deux cas). Le seul tort des citoyens togolais était d’avoir exigé le rétablissement de leurs droits bafoués par les représentants non élus de l’Etat togolais. Aussi, personne ne sera plus dupe après avoir entendu les vœux retardés de Faure Gnassingbé pour 2016 qui n’a pas manqué d’annoncer au peuple togolais que la situation va s’améliorer en 2016, sous sa houlette. Le problème est que plus on dure au pouvoir, plus les échecs fondés sur la rente et encore trop souvent l’incompétence, apparaissent au grand jour. Le larbinisme doublé d’incompétence n’est pas durable.

4.    TECHNIQUE DE DIVERSION DE FAURE GNASSINGBÉ : VŒUX RENOUVELÉS SANS FIN

En dehors du cercle très restreint et ultra minoritaire de l’oligarchie qui soutient Faure Gnassingbé et  accapare la richesse du pays, il faut se rendre à l’évidence qu’il n’y a que peu de Togolais et de Togolaises naïfs pour croire aux vœux prodigués par l’héritier de la dynastie Gnassingbé en fin d’année sur les écrans de la télévision « gnassionale ». Les fausses promesses contenues dans le discours très policé que lui aura concocté, entre autres, le « sorcier blanc au masque noir »,  – surnom donné au binational franco-togolais Charles Debbasch,  alias Koffi Souza, conseiller de Faure Gnassingbé avec rang de ministre, membre influent des cercles ésotériques et circulant avec un passeport diplomatique togolais afin d’éviter les prisons françaises, compte tenu d’une condamnation et une peine pendantes 11 -, ne feront guère illusion. Même si celui-là s’y entend en matière de rhétorique, passé depuis longtemps maitre dans l’art de faire prendre les vessies pour des lanternes.

Mais il y a des limites en toutes choses. Si c’est parait-il « au bout de la vielle corde que l’on tisse la nouvelle », la sienne est tellement usée qu’elle ne pourrait en aucun cas servir de fil de chaine pour tisser le nouvel ouvrage de reconstruction qui seul pourrait sortir le Togo du marasme. Ce n’est certainement pas de Faure Gnassingbé et des sangsues qui l’entourent, que viendra l’œuvre de renouveau et la renaissance du Togo.

La réalité du Togo telle que la rapportent les observateurs est aux antipodes des beaux discours de vœux de Faure Gnassingbé : « Il suffit juste de faire le tour de la capitale pour constater les visages fermés des togolais qui s’alignent derrière cet éternel refrain : « étiko nami, milé dou aya nto… », « nous sommes fatigués, nous souffrons trop… » 12. Point besoin d’en rajouter !

5.     MAUVAISE GOUVERNANCE DE FAURE GNASSINGBÉ : LA DIASPORA TOGOLAISE SAUVE LE TOGO

Si dans les bilans comptables de la gouvernance de Faure Gnassingbé, les colonnes débit et crédit ne sont in fine pas équilibrées au Togo, l’abime est vertigineux entre la minceur pour ne pas dire la ténuité, ce qui est à mettre au crédit de Faure Gnassingbé et de son gouvernement, et l’insondable épaisseur de ce qui est à mettre au débit. Il suffit alors pour Faure Gnassingbé de ne jamais parler de  la colonne débit pour mieux mystifier le peuple togolais. Le lecteur peut toutefois se faire sa propre opinion à travers quelques exemples pris dans l’actualité récente !

Malgré une légère réduction du prix de l’essence à la pompe depuis le 25 décembre 2015 à Lomé, il n’y a au plan conjoncturel rien qui pourrait véritablement réjouir le cœur des citoyens togolais. L’aide apportée par le Diaspora togolaise semble mieux réjouir le cœur des populations.

Selon le dernier rapport de la Banque Mondiale relatif au niveau de plus en plus élevé des transferts d’argent effectués vers le Togo par les membres la Diaspora Togolaise à destination de leurs familles. Celui-ci représente en 2015 un montant de 348 millions de dollars soit 182 milliards de FCFA équivalent à près de 7,8 % des richesses du Togo (le produit intérieur brut, PIB). L’institution financière note au passage que les transferts de fonds de la Diaspora représentent un apport significatif en termes de réserves de change et pour l’équilibre de la balance des paiements 13. Notons néanmoins que l’apport de la Diaspora, d’un montant de 397 millions de US$ en 2014 est en légère baisse en 2015 subissant le contrecoup de la croissance faible dans les pays occidentaux.

Avec un PIB de 4 500 millions de US$ en 2014 alors que le Bénin voisin était à 9 600 millions de US$, le Togo peut mieux faire en stoppant les parties des recettes détournées qui ne sont pas enregistrées, surtout au niveau du Port autonome du Togo et des entreprises publiques. Entre 2000 et 2015, Faure Gnassingbé n’a toujours pas compris que la richesse se crée par l’entreprise et plus particulièrement le secteur industriel qu’il a contribué à démonter. En effet, la valeur ajoutée manufacturière du Togo, c’est-à-dire la capacité du Togo à créer de la richesse à partir de ses entreprises et ses industries et donc de l’emploi, est passé de 9 % en 2000 à 6 % en 2015 14. C’est cela la réalité des vœux formulés par celui ne dispose pas d’un tableau de bord pour comparer ses propres erreurs stratégiques et tactiques de gouvernance. Avec un investissement étranger direct qui fuit le Togo avec 292 millions de US$ en 2014, et une aide publique du développement de 221 million de $US en 2013, il faut bien se rendre à l’évidence que c’est la Diaspora qui sauve le Togo 15.

Au lieu reconnaître officiellement le Conseil Mondial de la Diaspora Togolaise (CMDT) comme une structure créée par la Diaspora pour la Diaspora togolaise, Faure Gnassingbé se contente de mal copier les recommandations et propositions faites par cette structure et adoptée démocratiquement. Pire, Faure Gnassingbé tente d’infiltrer le CMDT avec des larbinistes tout s’accaparant les résultats obtenus par la Diaspora en croyant pouvoir accéder directement à l’argent de la Diaspora. Mais la Diaspora est vigilante et les larbinistes vont vite comprendre qu’ils pourraient ne pas bénéficier des largesses de ce système qui refuse toujours le DROIT DE VOTE DE LA DIASPORA.

Sur un autre plan, l’endettement public du Togo est passé de 47,3 % du PIB en 2010 à 54,7 % en 2015. De nombreuses échéances de paiement vont survenir pour le Gouvernement dans les années à venir. Pourtant le sport national du Ministre de l’économie et des finances du Togo est de se réjouir quand il emprunte et s’arrange pour faire payer la dette quand il ne sera plus en poste par le jeu des délais de grâce consentis par les bailleurs de fonds.

Aussi, au lieu de considérer la Diaspora togolaise comme un facteur de développement du Togo et de s’appuyer sur l’effet de levier et d’entrainement qu’elle pourrait représenter, Faure Gnassingbé considère près de deux millions de Togolais comme des potentiels prêteurs sans intérêts au Togo et continue de leur refuser le droit de vote.

6.    INDIFFÉRENCE DE FAURE POUR LES PROBLÈMES SOCIAUX ET L’EVASION FISCALE

Pendant ce temps au Togo, le front social reste très tendu et les problèmes s’accumulent. A la cimenterie Wacem de Tabligbo les travailleurs sont en grève depuis deux mois après le dramatique accident qui a coûté la vie à six ouvriers le 30 juin 2015. L’absence de sécurité et l’explosion de cuves à fioul aura été le révélateur de l’inexistence du droit social au Togo à travers les conditions réservées aux salariés de Wacem par les patrons indiens propriétaires du groupe.

Le délégué syndical Akouété Lawson-Hétchéli explique : « Imaginez qu’après 19 ans d’exercices, on n’a jamais eu d’avancement. Les trois échelons n’ont jamais été respectés. Ce qui donne aujourd’hui l’image de la société. A Wacem, nous sommes plus de 1 000, mais 812 sont des contractuels qui ne sont pas déclarés à la caisse. A peine 280 sont des permanents

L’exemple de Wacem renvoie l’image réaliste d’un pays dans lequel les droits sociaux ne font pas partie du vocabulaire gouvernemental, à l’image des déclarations du fringant ministre  de la Fonction publique, du travail et de la réforme administrative, Gilbert Bawara : « Il y a un certain nombre de choses à régler et de façon profonde » et ceci probablement avant la fin de l’année 16. Mais la fin d’année frappe à la porte et rien n’est encore réglé à Wacem comme dans bien d’autres entreprises du Togo, dans lesquelles sévit une exploitation outrancière des employés. Ce Ministre bavard, qui a arrêté de bavarder depuis que la santé de Faure Gnassingbé fait du yoyo, n’a sans doute pas entendu son patron de Président de la République qui déclarait lors de la Conférence dite « COP 21 » à Paris en décembre 2015 et consacré au changement climatique « qu’il faut joindre les actes à la parole, car l’heure n’est pas aux discours. »

La plupart des indicateurs sociaux du Togo ne sont pas dans le « vert » et reflètent la misère et chômage croissant dans le pays, notamment auprès des jeunes. Pendant ce temps, il existe des groupes non identifiés qui se livrent ouvertement à la contrebande d’or à destination de la Suisse, portant sur sept tonnes d’or extraites dans les conditions les plus douteuses grâce au travail forcé des enfants, puis exportées illégalement du Burkina Faso sous couvert d’évasion fiscale, via le Togo ou une partie des élites au pouvoir, fort complaisante, leur octroient de manière tout aussi frauduleuse une origine Togo.

Au Togo, c’est le Groupe Ammar, avec sa filiale Wafex, qui se charge d’exporter l’or sorti frauduleusement du Burkina vers la Suisse. Il apparaît dans une enquête réalisée par l’ONG internationale La Déclaration de Berne 17 que les autorités togolaises sont bien au courant de ces opérations, considérant  qu’il est inimaginable que la société Wafex bien implantée au Togo puisse recevoir de l’or du Burkina pour ensuite l’exporter en Suisse sans leur bénédiction. L’or est exporté vers la Suisse comme de l’or togolais alors que les autorités togolaises savent bien que leur pays n’en produit pas. Cette activité centrale serait l’œuvre, entre autres, d’une famille libanaise citée par ceux qui ont fait l’enquête à savoir la famille « Ammar » qui se trouve  impliquée de part et d’autre dans la chaîne d’approvisionnement de cet or. Il reste à ces derniers à prouver le contraire aux autorités helvétiques en citant les agents togolais et Burkinabés qui facilitent ce trafic, s’ils ne sont pas innocents dans cette affaire.

C’est dans ce contexte que le Togo semble bien mériter le qualificatif d’Etat-voyou qui commence à lui « coller » à la peau dans sa diplomatie internationale du larbinisme. On peut se demander si les dirigeants les plus influents du monde accepteront encore de recevoir Faure Gnassingbé en 2016. Certainement en catimini dès lors qu’il peut aider certains à financer leur campagne électorale en Occident. L’indifférence de Faure Gnassingbé aux problèmes sociaux au Togo trouve alors des relais occidentaux, ce qui permet d’affirmer que les intérêts des étrangers passent avant ceux des populations togolaises pour Faure Gnassingbé et son réseau d’affidés.

7.  SECURITE PUBLIQUE DE FAURE GNASSINGBE OU TOGO COMME UNE PLATEFORME DE TRAFIC

Ainsi, l’enquête réalisée par l’ONG La Déclaration de Berne, semble recouper les informations révélées par une note du 18 mars 2015, « Lutte contre le financement du terrorisme », dévoilée et présentée par le ministre des Finances français Michel Sapin, dans le cadre des activités du GAFI 18. Cette note fait état de saisies opérées en 2014 à Paris par les Douanes françaises  à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle de Paris, portant d’une part sur « 125,58 kg d’or expédiés du Togo vers le Liban et d’autre part sur 651 chèques mandats poste pour un total de 631.470 US$ dans un envoi de fret express en provenance du Togo et à destination des Philippines ». L’opération douanière baptisée « Bingo », a ainsi révélé le jackpot togolais et permis au total de découvrir 90 «moyens de paiement » dissimulés dans le fret pour une valeur totale de 9 244 827 Euros (plus de six milliards de francs CFA) 19.

Les saisies opérées par les Douanes françaises confirment l’existence de transactions irrégulières et mafieuses entre le Togo et le Liban.  Concernant l’or, les rapports de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE) positionnent le précieux métal  comme 3e produit minier exporté à partir du Togo (17 % en 2012 et 24 % en 2013), devant le marbre et le fer. Ils confirment ainsi que le Togo est une grande plate-forme d’exportation d’or alors même qu’officiellement le Togo n’en produit pas. Il est permis de se demander dès lors à quoi peut bien servir l’ITIE et quelle est sa réelle efficacité.

Pas étonnant dans ces conditions que le Togo soit désormais dans le viseur du GAFI, car en matière de transparence on fait mieux ! Comme le fait remarquer judicieusement un journaliste togolais : « Si le Togo est devenu une plate-forme de trafic d’or et que, pour dissimuler leurs transactions financements, les réseaux lugubres choisissent la pierre précieuse monnaie d’échange, notre pays risque de devenir un repaire desdits réseaux. On n’oubliera pas que jusqu’ici les auteurs de l’assassinat, en pleine journée sur la nationale reliant le Togo au Bénin, du consul du Liban au Bénin avec des armes de guerre (AK47) courent toujours. Et ici encore, il faut remarquer qu’il s’agit d’une affaire relative au Liban, pays où sévit le Hezbollah » 20.

8.    SOUTENIR LA CONTREVÉRITÉ DES URNES À L’EXTERIEUR DES FRONTIERES TOGOLAISES

L’or burkinabé transmuté par les alchimistes de Lomé en or togolais, serait-il l’un des motifs de la brouille diplomatique et du refroidissement qui affecte les relations entre Lomé et Ouagadougou ? Y-aurait-il dès lors quelque arrière-pensée à caractère lucratif dans l’implication présumée des autorités togolaises à l’entreprise de déstabilisation de la Transition démocratique en cours au Burkina Faso, notamment le coup d’Etat manqué de Gilbert Diendéré en septembre 2015, qui aurait pu compromettre l’avènement de l’alternance 21.

Il est intéressant de procéder sur ce sujet à certains recoupements. Le temps passant la révélation de  conversations téléphoniques entre d’une part, l’ancien ministre des Affaires étrangères de Blaise Compaoré, Djibril Bassolé aujourd’hui accusé de complicité dans la tentative de putsch de Gilbert Diendéré et emprisonné au Burkina Faso, et d’autre part, une certaine « Rebecca la Togolaise » reconnue aujourd’hui comme étant Rébecca Atayi, la patronne de l’agence Platine Communication à Lomé, semble apporter des éléments précis quant à l’implication présumées des autorités togolaises.

Selon les journalistes de bonne foi qui ont pu écouter l’enregistrement, « les deux interlocuteurs, Bassolé et Atayi, se parlaient en code et  prenaient des précautions ». Les journalistes ont aussi relevé que « plein de choses suspectes ont été d’ailleurs dites », preuve selon eux que l’objet de la conversation était sensible. Ils ont rapproché ces faits d’une information rapportée par l’agence internationale de presse Reuters, à savoir qu’ « un avion en provenance du Togo dont les occupants ne seront jamais révélés, avait été interdit d’atterrissage à l’aéroport de Ouagadougou, au moment où l’armée loyaliste avançait sur la capitale pour désarmer les éléments du Régiment de la sécurité présidentielle (RSP) et où les informations sur des appuis de forces étrangères à Diendéré bruissaient ». Ils ont également recoupé cette information avec l’absence de Faure Gnassingbé à Ouagadougou le 23 septembre 2015 pour la réinstallation de la Transition. « On apprendra plus tard qu’il venait avec deux avions, chose suspecte, et que les deux appareils ont été interdits d’atterrissage.» L’interrogation des journalistes prend tout son sens si l’on considère que Faure Gnassingbé n’a jamais officiellement condamné le coup d’Etat de Diendéré des 16 et 17 septembre 2015.

De son côté, le journal La Lettre du Continent, ne prenait aucune précaution pour titrer « La Côte d’Ivoire et le Togo épinglés dans l’enquête sur le putsch de Diendéré » et expliquer que « Les appuis extérieurs au coup d’Etat de Gilbert Diendéré à Ouagadougou, le 16 septembre, ne font aucun doute…», citant les noms de Faure Gnassingbé pour le Togo et de Guillaume Soro pour la Côte d’Ivoire 22.

Faure Gnassingbé ou ses agents, – avec ou sans son consentement – auraient-ils donc voulu protéger le lucratif business de l’or burkinabé transitant par le Togo, en soutenant le retour au statu quo à Ouagadougou dans le cas où Diendéré aurait réussi son putsch ? Il est permis de se poser la question si l’on considère que les 7 tonnes d’or expédiées depuis le Togo en Suisse en 2014, faussement déclarées d’origine Togo, représentaient, au cours actuel de l’or, une  valeur de deux-cent-vingt millions trois-cent-soixante mille euros (220 360 000 €), soit cent-quarante-quatre milliards cinq-cent-quarante-six millions six-cent-quatre-vingt-quatre mille cinq-cent-vingt francs CFA (144 546 684 520 F CFA) 23.

Pas étonnant dans ce cas que « Ouagadougou, [le pays des hommes et femmes intègres] et Lomé se regardent en chiens de faïence », si comme l’indique l’hebdomadaire Liberté, Faure Gnassingbé n’aurait pas « daigné féliciter le nouvel élu au palais de Kosyam », Roch Christian Kaboré, le nouveau Président de la République du Burkina Faso élu selon la vérité des urnes et dont le vote n’est pas contesté par les challengers 24. Avec un tel passif, féliciter le Président burkinabé qui donne l’exemple que le Togo ne veut pas suivre depuis 45 ans n’est pas chose aisée. Il est vrai que Faure Gnassingbé, élevé sous la houlette de « Papa » Gnassingbé Eyadema, fut à bonne école en matière de coups tordus. Après dix ans de règne il est désormais passé expert et prompt à exporter le savoir-faire togolais en matière de restriction des libertés, d’atteinte aux droits humains et de tortures en tout genre. Cela ne semble pas avoir fonctionné pour le Burkina-Faso.

9.    UNE JUSTICE À SENS UNIQUE : INTIMIDER LES MÉDIAS, CONTRÔLER LES LIBERTÉS PUBLIQUES

Ainsi lorsqu’un pays est primé pour l’œuvre de l’un de ses enfants il reçoit également par contrecoup les lauriers de la récompense. Sauf dans le cas du Togo où l’excellent film documentaire réalisé par Zeus Komi Aziadouvo intitulé « Le film qui dérange le pouvoir de Faure Gnassingbé », sur les conditions de vie des détenus à la prison civile de Lomé fait partie des vingt-six journalistes nominé pour le concours Endex on Censership Freedom of Expression Awards 2016, un prix qui récompense des individus ou groupe d’individus qui luttent pour l’amélioration de la situation des droits de l’Homme partout dans le monde 25.

Le film, honnête et objectif, ponctué de nombreux témoignages, est un réquisitoire sans concession qui relègue  le système judiciaire du Togo dans les abysses du non-droit et fait ressortir avec acuité la question des droits Humains sous le régime de Faure Gnassingbé, et même avant sous le règne du père.

Comme les autruches croient se cacher en enfouissant leur tête dans le sable du bush, les autorités togolaises imaginent qu’en balayant la poussière sous le tapis le problème de la saleté est résolu. Le film pose un vrai problème de respect de la personne humaine au Togo, voire le besoin du pouvoir en place d’humilier les citoyens togolais qui œuvrent pour la démocratie, l’information et la vérité des faits. En guise de réponse, au lieu de prendre le problème à bras le corps pour commencer à réfléchir aux solutions sous la forme d’un sommet sur la transparence de l’information et de la justice au Togo, le pouvoir Faure Gnassingbé fidèle à la pratique au sein du parti UNIR et à sa tradition coercitive, ce à l’initiative du ministre de la Justice, Pius Agbétomey,  via les séides de la gendarmerie, n’a rien trouvé de mieux que de convoquer le réalisateur Zeus Komi Aziadouvo, Directeur du quotidien Liberté et Luc Abaki, le Directeur Général de la Chaîne du Futur (LCF) qui a diffusé le film. L’objectif est d’intimider et de promouvoir l’autocensure. Mais la vérité ne fait pas de compromis avec la contrevérité, que ce soit pour des faits ou pour le résultat des urnes ou les comptes publics. C’est ainsi que la panoplie complète de « l’expertise » du pouvoir autocrate togolais a été déployé : tentatives d’intimidation et de répression, menaces, placement sur la liste noire des journalistes non laudateurs… En vain 26 !

Les manœuvres se révèleront contreproductives puisque la publicité gratuite maladroitement  offerte par les autorités au film et à son auteur, a eu le mérite de dessiller les yeux de nombreux citoyens du Togo et du monde. Selon le journal Liberté, la remarque formulée à ce propos par un étudiant en droit à l’Université de Lomé : « Il fut un temps où on eut cru que seul Kpatcha Gnassingbé et Pascal Bodjona étaient les seuls citoyens dont les droits avaient été bafoués par le système judiciaire du Togo », en dit long sur la perception des Togolais eux-mêmes sur la vraie nature du régime et sur ses capacités d’exactions contre la personne humaine. On pourrait rajouter à ces noms ceux de tous les morts inutiles causés par la police-armée du régime et ceux de tous les emprisonnés sans jugement et sans procès, célèbres ou anonymes, qui croupissent au fond des geôles du Togo uniquement pour avoir choisi de faire respecter les droits humains et démocratiques les plus élémentaires.

L’on pourrait également rajouter toutes les malheureuses victimes d’une sorte de « justice de rue » qui  tend à se développer ces derniers mois au Togo et livre à la vindicte populaire d’une foule exaspérée par l’incurie des autorités du pays, les carences des forces de police promptes à obéir aux ordres pour intimider les honnêtes citoyens qui critiquent à des titres divers le pouvoir, mais incapables de faire respecter l’ordre public et de protéger les honnêtes gens !

Un témoignage en dit long sur l’état de déliquescence de la société togolaise en cette fin d’année 2015 : « Un malheureux jeune homme, une vingtaine environ, nu comme au jour de sa naissance, physiquement marqué par apparemment des jets de pierres et des bastonnades de toutes sortes, essaie encore de tenir sur un morceau de brique. Entourée par une foule hurlante et menaçante, la victime du jour se libère d´un pneu qu´un de ses bourreaux vient de lui lancer autour du cou. Une image choquante dont le caractère inhumain m´oblige à arrêter la vidéo et à la supprimer de mon portable. Car aucun être humain en possession de tous ses sens ne peut supporter une telle inhumanité, une telle barbarie quel que soit ce qu´on peut reprocher à la victime. Pourtant, depuis plusieurs mois ça devient une habitude à Lomé, que des supposés voleurs de motos ou d´autres biens sont poursuivis, rattrapés par la foule et passés à tabac pour les plus chanceux, lynchés et brûlés pour les plus malheureux.» […]Ce qui se passe n´est rien d´autre que l´illustration de la démission de l´État qui doit veiller à la sécurité des citoyens sur toute l´étendue du territoire national.

Certains diront que les autorités font des efforts pour arrêter ce phénomène. Mais où sont les résultats ? Pourquoi les lynchages publics continuent de plus belle? Si ceux qui se livrent à ce genre d´auto-justice étaient arrêtés, jugés et sévèrement condamnés, ils ne seraient pas de plus en plus sûrs de leur impunité. Si au lieu de diminuer, le malheureux phénomène trouve toujours des adeptes et a lieu presque toutes les semaines, il faudra nécessairement continuer de dénoncer le laxisme et l´incompétence des soi-disant autorités. Et là où le bât blesse c´est que ces scènes de lynchages de présumés voleurs sont suivis par des « spectateurs » parmi lesquels on trouve des mineurs et des enfants de très bas âge. Des enfants qui vont grandir avec ces images et cette culture de la violence en tête, ne risquent-ils pas à leur tour de croire que c´est tout à fait normal de se faire justice?  S´il n´est pas rapidement mis fin à ce genre de débordements avant que le phénomène ne fasse école dans les villes de l´intérieur, ne risquons-nous pas de voir grandir toute une génération de citoyens dont le premier réflexe au moindre pépin sera l´utilisation de la violence 27» ? Ce témoignage se suffit à lui-même pour décrire la gravité de la situation du Togo et nous invitons tous les citoyens togolais sans exception, à réfléchir avec gravité sur les solutions collectives à apporter à ce nouveau défi de justice populaire du fait de la défaillance de l’Etat.

Selon plusieurs observateurs avertis, la situation est d’autant plus grave que « Le Togo est finalement la seule plaie de la démocratie »  dans la sous-région, car depuis la leçon de démocratie administrée le 29 novembre 2015 par le Burkina Faso, le Pays des Hommes Intègres et bientôt par la Centrafrique, le Togo risque de devenir le seul pays où l’alternance politique est un tabou. Mais avec tous les pays voisins s’inscrivant dans la logique de la vérité des urnes, le Togo ne pourra pas ad vitam aeternam  demeurer l’exception qui ne confirme pas la règle.

Le message de Vœux à la Nation de Faure Gnassingbé pour 2016, ne sera rien de plus que le énième message parfaitement policé, plein de bonnes intentions et de promesses qui permettront d’ouvrir des concertations interminables qui permettront d’atteindre  2020, année de la prochaine élection présidentielle… de la contrevérité des urnes si les partis d’alternance préfèrent continuer à augmenter le nombre de partis au lieu de les regrouper pour mieux capter les vœux de la population togolaise majoritairement laissée pour compte.

Le peuple veut la rupture  avec le système d’impunité en œuvre. Ce peuple souhaite que soient éclaircis les nombreux scandales, les  crimes de sang, les violations des libertés de réunion, de manifestation et de presse, etc. perpétrés sous le règne de Faure Gnassingbé. Il veut que soient jugés et sanctionnés les auteurs et tous leurs complices et donneurs d’ordre avec une véritable séparation des pouvoirs entre l’exécutif, le judicaire et le militaire sécuritaire. Le peuple veut nettoyer les écuries d’Augias – l’un des douze travaux d’Hercule – de la justice aux ordres et des Institutions relais des turpitudes du Président de la République. Le peuple togolais veut que soit aboli le fameux pouvoir discrétionnaire qui permet de brader le Togo aux intérêts étrangers rejetant la responsabilité sociale de l’entreprise. Le citoyen togolais veut la vérité des urnes et la vérité des comptes publics pour pouvoir contrôler efficacement  et orienter la gouvernance du pays vers la construction de la société des Togolais et togolaises et non une société du système de Faure Gnassingbé confondu avec le Togo.

10.         RECOMMANDATIONS DE CVU-TOGO-DIASPORA

L’année 2016 va permettre d’assister à une progression de l’indifférence des grandes puissances, parfois ex-colonisateurs de l’Afrique aux abus des dirigeants africains dès lors que ces derniers s’alignent sur leurs positions à l’international et leur offrent l’Afrique comme un marché sans appel offres.

L’année 2016 devrait malheureusement mettre en lumière la progression du nombre de larbinistes tant au Togo que dans les structures internationales ou régionales censées faire respecter la vérité des urnes.

L’année 2016 va constater que de nombreux dirigeants africains, avec la force brute des polices militarisées, choisiront systématiquement de modifier leur Constitution pour se maintenir à vie au pouvoir 28. Il y a d’ailleurs une forme de préférence pour les « fils  de », ce qui n’est pas sans rappeler les dynasties.

Par ignorance, peurs et faiblesses, de nombreux africains larbinistes accepteront ce statu quo, souvent malgré eux.

Mais, la vérité est que le contrat social et la confiance entre le peuple et ses dirigeants sont rompus 29 et remplacés par un pacte à sens unique du larbinisme dont la règle est : tous ceux qui ne sont pas avec moi sont contre moi… Une pratique très très démocratique que Faure Gnassingbé tente d’adoucir lors de ces vœux de fin d’année ou de début d’année, c’est selon !!!

Alors, tous les Togolais et Togolaises ne sont pas des adeptes du « larbinisme », encore moins du larbinisme alimentaire. Il faut donc s’attendre à des surprises surtout si ceux qui font appel à Dieu pour justifier leurs méfaits se voient lâcher au moment opportun.

10.1 CVU-Togo-Diaspora recommande :

  1. à tous ceux qui souffrent, de quelque manière que ce soit, de garder espoir et de croire d’abord en eux-mêmes. Chacun doit inciter son prochain à réfléchir aux solutions pour sortir le Togo de l’inclinaison dangereuse fondée sur le « larbinisme » vers laquelle l’entraine Faure Gnassingbé et son système ;
  2. à chaque Togolais et Togolaise de s’interroger sur son rôle et sa responsabilité dans la situation qui prévaut au Togo notamment à faire son autocritique en reconnaissant au moins intérieurement si ses actions et son rôle actif ou passif pour le Togo relèvent du larbinisme ou pas ;
  3. à chacun de prendre conscience de la véritable force qu’un peuple uni et déterminé représente. Ceci est encore plus vrai pour d’une part, la Diaspora togolaise qui refuse de cotiser 2 euros par semaines pour soutenir le CMDT, ou d’autres part, les partis politiques togolais qui estiment faire de la politique en croyant que 110 partis politiques non unis pourront offrir des solutions crédibles et susceptibles d’emporter une adhésion nationale. Si d’autres peuples proches du Togo géographiquement peuvent rejeter le larbinisme, alors le peuple togolais peut le faire aussi surtout si Dieu intervient directement pour rappeler à Faure Gnassingbé que la vérité des urnes ne restera pas impunie.

10.2 Cvu-Togo-Diaspora souhaite :

  • à chaque Togolais et Togolaise une année 2016 qui leur apporte le changement par la vérité des urnes, même s’il faut pour cela envisager de passer par une étape de la transition et de la réconciliation !
  • à tous les Togolais et Togolaises de la Diaspora d’éviter de s’enfermer dans l’indifférence, surtout en n’oubliant pas les 69 % de pauvres que Faure Gnassingbé maintient dans la misère même si les transferts de fonds de ces Togolais et Togolaises de l’étranger, – aussi modiques qu’ils soient – contribuent à restaurer la dignité et l’humanité au Togo.

 

Le 4 janvier 2016.

Dr Yves Ekoué AMAÏZO

Coordonnateur général

 CVU-Togo-Diaspora-logo42.jpg

François FABREGAT

Directeur de la Communication

©cvu-togo-diaspora.org

Share