Afrocentricity logo-105x107La notion du mal ne s’oppose paradoxalement pas d’abord au bien mais bien à celle de l’harmonie au sens de l’excellence et la perfection.

1. L’HARMONIE DE L’ORDRE VIOLEE

Le mal est donc à comprendre comme une imperfection de l’ordre de l’harmonie  et est jugé de manière subjective par chaque individu, chaque peuple, et chaque dirigeant.

La tentation de justifier ou de positiver le mal émerge systèmatiquement dans tous rapports de force entre les êtres humains, les peuples et bien sûr les civilisations. Selon les naturalistes, qui font preuve de réalisme à partir des faits documentés et donc prouvables, le mal 1 serait donc associé à la nature même de l’humain,  à savoir son incapacité à appréhender un tout infini du fait même de la « finitude » originelle de la nature humaine.

Selon les religieux qui considèrent que l’humain ne se limite pas à son enveloppe charnelle et donc mortelle, mais dispose d’un esprit et d’une âme pouvant appréhender le monde au-delà de sa « finitude », le mal est une forme plus ou moins prononcée de la décadence d’un certain monde et de la corruption d’une gouvernance de la perfection. Aussi en référence à ce monde idéal, toute forme de déviation, de désobéïssance, voire de fongibilité de la liberté originelle dans une liberté sans frontières reviendrait à s’affranchir des règles de bon sens qui permettent le vivre ensemble et une certaine harmonie.

2. INTERDICTION DE FAIRE TUER

L’ « l’interdiction de tuer » comme au demeurant son corrolaire inscrit dans l’Egypte ancestrale des Africains 2 à savoir « l’interdiction de faire tuer » a conduit certains humains adeptes de la puissance à opter pour l’impunité et prospérer sur le lit de l’omerta et de la loi du silence, religieusement respectés par des obédiences ésotériques contrôlant des pans entiers de la gouvernance mondiale.

La soumission au mal dans un monde n’appartenant pas aux humains n’absout pas celui ou celle qui se prévaut de ses obligations de respect de la vie, ce d’autant que personne ne maîtrise le souffle de vie, ni ses ponctuations saccadées qui finissent par s’échouer sur une fin sans vie. Le mort est vecteur de la mort et de la désolation.

C’est ainsi que ceux qui disposent des rapports de forces militaires, économiques et médiatiques sur cette terre ont décidé, parfois en isolation,  parfois en coalition, de structurer le monde sur un mode manichéen.

Cette bipolarisation a pour objet de structurer les alliés, volontaires, involontaires comme passifs vers ce qu’il faut bien appeler une « croisade » de ceux qui s’autoproclament les forces du bien contre les forces du mal. On est donc bien loin d’un Dieu unique et suprême au sein de l’harmonie de l’ordre.

En réalité, il est plus question de l’ordre du plus fort et sa capacité à imposer sa volonté à ceux qui se soumettront à sa « loi » à géométrie variable, celle de « faire tuer ».

3. BANALISATION DU MAL

Dans le monde d’aujourd’hui, il faut trouver un justificatif qui emporte l’adhésion passagère des populations -médiatiquement mystifiées- pour engager cette croisade de type impérialiste, car expansionniste et coloniale sans nécessairement refaire appel à l’occupation physique.

La servitude volontaire qui soustend le principe d’assujettir et d’astreindre ceux que la puissance dominatrice décide unilatéralement, explicitement ou implicitement, avec ou sans justification, d’inscrire dans un axe du mal, devient la matrice falsifiée de résolutions des conflits et de levier de sortie de crise.

Le problème est que la réalité est tout autre. Le monde globalisé mais unipolaire a explosé.

Dans un monde multipolaire avec des nouveaux centres d’attraction et de domination fondée sur les principes du « gagnant-gagnant » dans un rapport inégalitaire entre pays avancés, émergents et en développement, l’approche de la force brute maladroitement dénommée « smart diplomacy » (diplomatie dite intelligente) se révèle un formidable créateur de chaos, de désordre, de confusion et d’accélérateur des inégalités au profit du plus fort militairement et économiquement.

La perfection est devenue un synonyme de la « finition » (au sens littéral) de l’autre, défenseur, acteur ou sympathisant, volontaire ou pas, de l’axe du mal. Dans la pratique, les techniques sont multiples et variées : la force, le chantage, l’usurpation des richesses, le contrôle et installation des dirigeants favorables à la tête des Etats et entreprises, le désinvestissement, l’isolationnisme, le boycott, l’embargo, le blocus, la guerre commerciale, économique, culturelle et médiatique, etc.

Mais la résistance de la société civile s’organise en sourdine au point que les errements, les alliances contre-nature entre les amis de mes ennemis sont légitimés et constituent même une source nouvelle de prospérité sur le dos des masses populaires, laissées pour compte. L’axe Arabie Saoudite, Etats-Unis, Israël existe bel et bien.

C’est ainsi que le seul lien tangible entre ces entités privées ou publiques, ces Etats petits ou grands, ces hommes et femmes est justement l’adhésion à l’axe du mal. La communication et les apparences de promoteurs d’un imaginaire virtuel où le bien-être se confond avec le fait d’avoir des biens ou tout au moins de rêver d’en avoir finissent pas avoir raison du citoyen lambda…

Cette course contre le vent et les chimères de la non-vie a graduellement transformé le mal, puis permis de le justifier par l’institutionalisation de l’impunité surtout pour les plus puissants.

Mais c’est la banalisation du mal, c’est-à-dire tout ce qui altère négativement en chacun sa propre « humanité », qui pose le problème du vivre ensemble à l’avenir dans un monde déshumanisé.

Les conséquences de ce mal que sont sans aucune exhaustivité la misère, la perte de dignité, la pauvreté, l’exploitation, la soumission, l’abus de pouvoir et du droit, le refus du partage, et le vivre ensemble en paix, etc. ont pollué la raison et la conscience humaine de la supériorité du bien sur le mal, que ce soit individuellement et collectivement.

4. JAMAL KHASHOGGI, UN HOLOCAUSTE

L’horreur, la dénaturation de la vérité, l’impardonnable, le scandale sans limites d’une part, la réprobation du bien, la prise de conscience, le pardon et le changement de comportement pour un idéal humaniste se sont perdus dans un « renversement systématique » du bon sens. Le mal s’est drapé des oripeaux du bien, ainsi soit-il ? Le mal est légitimé et les actions préemptives pour l’instaurer sont légions et légitimées. Le machisme envers les femmes ou le contrôle de souveraineté des Etats les moins puissants ne sont que les faces cachées d’un autre axe du « mal ». La domination du « puissant » puisse-t-il être inconséquent est fondateur d’une nouvelle « morale » où le bien se définit comme le « mal » quant il ne lui est pas supérieur. Les naturalistes comme les religieux y perdent leur langue comme lors du cataclysme de la tour de Babel, une intervention divine pour stopper le « mal faire » des humains en démultipliant les langues à l’infini.

Le mal s’est reconstitué par la brutalité et le « silencement », cette forme ancienne et modernisée de l’organisation du silence des cimetières grâce à l’organisation du mensonge, de l’omission, de la falsification, du mutisme, des alliances fondées sur la dépendance envers le plus puissant et/ou envers l’argent. La réussite du mal se critallise autour des séquelles bien visibles : les morts, les blessés, les handicapés, les violés, les déplacés, les moralement humiliés que notre monde produit tous les jours.

L’immobilité de la justice se traduit par le refus de rendre des comptes par une enquête indépendante diligentée par l’Assemblée générale des Nations-Unies et non par le Conseil de Sécurité de l’ONU où siègent les principaux vendeurs des armes de la mort, se considérant paradoxalement comme non-membres de l’axe du mal. La mort symbolique de la liberté de parole, de la démocratie, de la liberté des

opprimés s’est concentrée sur la personne du feu journaliste saoudien Jamal Khashoggi, aperçu pour la dernière fois à Istanbul (Turquie), le 2 octobre 2018 pénétrant le consulat d’Arabie Saoudite à 13h14 3. Cette disparition-assassinat, et les informations non vérifiées encore sur les tortures et le démembrement sauvage presque ésotérique de son corps, ne peuvent servir d’holocaustes de l’impunité pour les tenants de l’autre axe du mal. J. Khashoggi, 59 ans, s’est engagé comme citoyen et journaliste contre la répression, et pour la liberté et la démocratie en Arabie Saoudite. Il aurait  été « lié à l’axe du mal » pour avoir eu, en septembre 2017, des positions proches des « Frères musulmans » considérés par Ryad et ses alliés américains et Israëliens  comme une « organisation terroriste 4». Il a été interdit de publication dans le quotidien Al-Hayat, propriété du prince saoudien Khaled ben Sultan al-Saoud, aujourd’hui en disgrâce suite à la répression contre les dissidents (religieux, penseurs, journalistes, bloggeurs, militants féministes, etc.) effectuée par le Prince Mohammed Ben Salmane dit « MBS », désigné héritier du trône en 2017.

5. L’AUTRE AXE DU MAL, UN CACHE SEXE OCCIDENTAL

Les dignitaires de l’autre axe du mal sont parfois gênés face aux journalistes comme en France, parfois surpris et souvent indignés que l’on puisse faire autant de « cas » d’un « incident » passager « mineur » que la servitude de l’argent a vite fait oublier aux vendeurs comme aux acheteurs des armes de destruction massives de l’humanité. Ces forces de la barbarie et de de la torture indirectes et institutionnalisées soignent leur rhétorique. Elles ne peuvent pas à postériori parler de danger imminent, encore moins de guerre préventive en mémoire à l’axe du mal, utilisés en 2002 par un ancien Président des Etats-Unis d’Amérique, George W. Bush pour identifier les pays comme l’Irak, l’Iran et paradoxalement la Corée du Nord 5 d’avoir aidé un autre « saoudien », un certain Ben Laden et les Islamistes Jihadistes en général, à organiser l’avènement d’un terrorisme mondial. Ben Laden avait-il des vélléités de « démocratie, de liberté et de pluralisme » en Arabie Saoudite ? Néanmoinns, la guerre contre les terroristes islamistes a souvent fait preuve d’amnésie dès lors que les terroristes pouvaient avoir des liens directs, indirects ou supposés avec l’Arabie Saoudite whahhabite.

Une fois l’axe du mal décrété, personne ne pouvait plus être indifférent puisqu’il s’agissait de préserver la paix dans le monde et surtout  stopper la haine réelle ou supposée contre l’Occident.

Mais qui s’est soucié du terrorisme moderne du soutien aux dictatures et autres autocrates africains renouvellés au pouvoir par les tenants de l’autre axe du mal ? Qui se soucie des conséquences de l’autre axe du mal que constitue la « stabilité des régimes politiques africains » sur la base d’élections de mascarade, des Cours Constitutionnelles et des Commissions électorales dites indépendantes qui annoncent des contre-vérités des urnes ? Ce mal là se caractérise par la démultiplication des inégalités, de la misère, de la pauvreté et des migrations.

L’autre axe du mal promeut l’argument qui fait mouche : l’érection des barrières en béton ou l’utilisation de la nature comme obstacle naturel à la migration non encadrée. La méditerranée entre l’Europe et l’Afrique sert de cimetière sans sépultures. Les déviations humanitaires sont multiples : la prostitution, le salariat de misère, l’esclavage humain, le démembrement physique des corps des migrants de leur vivant -pour ne citer que ces formes là du mal-  pour permettre de sauver des vies dans les pays riches ou pour permettre au patronat d’accéder à une main d’œuvre corvéable et sans protection sociale, si ce n’est Dieu.

6. FAIRE TUER, UN MAL ABSOLU

En définitive, l’axe du mal a évolué sous le Président américain Donald Trump au point où une erreur de parallaxe s’est introduite pour porter à la lumière du monde et des peuples l’autre axe du mal.

L’axe du mal serait-il une erreur de parallaxe, c’est-à-dire l’effet du changement de position de ce que perçoit  un observateur politiquement correct de type occidento-centriste ou arabo-centriste vers l’observateur afrocentriste ? Assurément car en Afrique, Jamal Khashoggi apparaît comme un sacrifice, une offrande violée dans sa liberté, une « victime expiatoire » immolée entièrement pour sauver l’indépendance des médias, la liberté, la démocratie, et en définitive l’humain, ce à la manière des agneaux sacrifiés lors de la Pâque juive.

Une incongrualité pour la fête du « mouton » dite Aïd el-Kébir en Arabie Saoudite ! La préméditation de la torture, de la mort et de la disparition du corps de Jamal Khashoggi est un mal absolu. Mais quel mal ? L’autre axe du mal a choisi de « manger » l’holocauste de l’impunité. Dieu peut-il pardonner à ceux qui savent ce qu’ils font ? YEA.

 

26 octobre 2018.

Dr Yves Ekoué AMAÏZO

© Afrocentricity Think Tank

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