L’AMÉLIORATION DE l’ÉCONOMIE RWANDAISE 15 08 19 AMAIZOdeutsche_welle_logo-carreLe 13 août 2019, sur la base de données fournies par des journalistes, le journal « Financial Times » a déclaré que « le Rwanda avait manipulé ses statistiques de pauvreté », rappelant d’ailleurs qu’en 2015, la télévision « France 24 » avait aussi signalé que le pouvoir de Kigali aurait manipulé ses statistiques économiques 1.

1. « FINANCIAL TIMES », LE JOURNAL DES RICHES PLEURENT LES PAUVRES DU RWANDA

L’objectif recherché selon les journalistes de « Financial times » et de « France 24 » aurait été pour le Président Paul Kagamé de justifier la modification de la Constitution rwandaise pour rester au pouvoir et s’affranchir indirectement des règles permettant une alternance démocratique dans ce pays. Mais chacun sait que le « développement économique accéléré » au Rwanda ne s’accommode pas d’un développement démocratique accéléré.

L’argument principal des journalistes-accusateurs repose sur l’augmentation de l’inflation et la hausse du prix à la consommation, notamment la hausse des prix du panier de la ménagère et des familles rwandaises entre 2010 et 2014, attestant ainsi d’une hausse significative de la pauvreté dans le pays dès 2015. La manipulation tiendrait aussi à un changement du mode de calcul au plan national de ces indicateurs, notamment juste avant le référendum de 2015, ce qui aurait permis au Président Kagamé de justifier la prolongation de son règne de 15 au pouvoir pour au moins plusieurs autres mandats présidentiels, voire la présidence à vie.

Les informations « internes » de cinq membres du personnel de la Banque mondiale et provenant d’une lettre anonyme non reconnue par cette institution aurait indiqué en 2015 qu’il y aurait eu une « manipulation des statistiques officielles » par le Rwanda. Ces informations, non fondées, n’ont pas empêché les deux institutions de Bretton-Woods (banque mondiale et fonds monétaire international) de fournir les données statistiques économiques sur le Rwanda y compris celles concernant l’évolution de l’inflation, notamment les prix à la consommation ou le niveau de pauvreté.

Autrement dit, les données internes et étrangères à la Banque mondiale n’engagent pas cette institution. Il se peut que ce soit les journalistes peu vertueux qui ont été eux-mêmes manipulés en oubliant de faire de l’économie et en choisissant, sous le couvert de l’anonymat, de faire de la politique avec des accusations à charge contre l’Etat rwandais. Les motivations sont donc ailleurs. Reste à savoir pour le compte de qui ? Il importe donc de chercher à savoir : à qui profite cette dénonciation cabalistique qui repose uniquement sur deux indicateurs économiques ?

Les données fiables et provenant de sources crédibles et officielles démontrent qu’il y a, au Rwanda, une augmentation du prix à la consommation en cours et que la pauvreté tend à s’accélérer du fait des inégalités. En effet en 2016, 20 % de la population la plus riches s’octroyait près de 50,8 % -soit la moitié- des richesses du pays alors que les 20 % de la population rwandaise la plus pauvre se partageait au maximum 6 % de cette richesse. Cet écart se serait creusé du fait de la politique de développement accéléré qui tend à passer sous silence les effets de cette croissance rapide sur les inégalités et ses conséquences sur la partie fragilisée et peu loquace, -autocratie oblige- de la population.

2. LE RWANDA REJETTE LES FAUSSES ACCUSATIONS

Néanmoins, le Gouvernement rwandais a rejeté les conclusions de Financial Times et de France 24 2.

Toutefois, le Gouvernement rwandais gagnerait en crédibilité sur ce sujet à fournir les données statistiques sur les dix dernières années ainsi que les modes de calcul utilisés afin de permettre à des structures indépendantes et officielles de constater avec lui, les « progrès » réalisés ou pas sur le plan des inégalités, de la création de richesses, des emplois décents créés et de la réduction effective de la pauvreté.

La réalité observée à partir des données de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international que l’on ne peut accuser de « manipulateurs » est bien plus complexe.

Le Rwanda présentait une croissance de 8,5 % du PIB en 2018 avec une inflation estimée à 1,4 %. Les pronostics pour 2019 font passer la croissance économique à 7,8 % avec une inflation en augmentation à 3,5 % et même 5 % en 2020. Le taux de croissance étant supérieure à l’inflation, la gouvernance économique du Rwanda reste bonne.

Pour la pauvreté, en 2016, 38,2 % de la population était en dessous du seuil de pauvreté alors qu’au Burundi voisin, le nombre est au-dessus de 60 %, et en RDC, il est du même ordre.

Mais 55,5 % de la population rwandaise vit avec moins de 1,90 $EU par jour (chiffre de 2016, WB) contre près de 70 % pour le Burundi ou la RDC. Avec 3,20 $EU par jour, la population rwandaise (classe pauvre classe moyen confondues) vivant dans une pauvreté relative serait de 79,7 % (chiffre WB en 2016).

Aussi, l’inflation considérée souvent comme « une perte de pouvoir d’achat de la monnaie » et qui se traduit par une augmentation générale et durable des prix doit être proscrit. Mais le procès qui est fait au Rwanda semble s’apparenter à un problème d’augmentation significative de la hausse du coût de la vie. Il n’est pas sûr que cela s’accompagne d’une perte de pouvoir d’achat de la monnaie rwandaise. Car s’il y a en effet une augmentation générale de l’inflation passant de 1,4 % en 2018 à 3,5 % en 2019 (soit plus qu’un doublement), il y a aussi eu des augmentations des salaires et des revenus, ce qui a sorti une partie significative de la population de la pauvreté. Une analyse plus approfondie s’impose donc sinon il s’agirait pour les accusateurs peut-être plus d’un procès politique sur le choix politique du Rwanda de diversifier ses partenaires en ne privilégiant plus systématiquement les Etats-Unis. Il est possible que les accusateurs refusent de reconnaître une réussite économique de ce pays, ce en comparaison d’autres pays africains, disposant pourtant d’importantes matières premières que n’a pas le Rwanda.

En réalité, la hausse du coût de la vie et le doublement de l’inflation risquent de promouvoir une discrimination entre les catégories d’agents économiques au Rwanda. Il est sûr que les pauvres seront les premiers touchés et qu’à ce titre, une correction du mode de calcul de l’indice à la consommation (qui reste une mesure incomplète) pourrait avoir été pensé par les statisticiens nationaux pour limiter les effets négatifs de l’inflation sur la partie de la population la pauvre et la plus défavorisée. Mais cela reste à prouver !

3. L’inflation affecte l’économie nationale dans son ensemble et pas uniquement la consommation des ménages.

L’argument utilisé selon laquelle les chiffres de la pauvreté en 2015 et 2018 auraient été manipulée pour faciliter le maintien au pouvoir du Président Kagamé me semble fallacieux. Une autocratie n’a pas besoin de justifier son maintien au pouvoir par la manipulation de deux indicateurs économiques.

Il faut remettre tout ceci dans son contexte et comparer ce qui est comparable. Il est vrai que la démocratie n’est pas au rendez-vous au Rwanda. Mais ce ne sont pas ces mêmes journalistes occidentaux qui sont prompts, ailleurs en Afrique, à valider les contre-vérités des urnes dès lors que les intérêts de leur pays ou de leurs entreprises multinationales sont en jeu ?

Si l’accent avait été mis sur le financement et la fourniture de statistiques fiables par les Africains pour les Africains avant la création de la Zone de libre-échange continental (ZLEC) promue par le Président Joseph Kagamé, peut-être que cette polémique de destruction de l’image du Rwanda n’aurait été qu’une tempête dans une tasse à café du Rwanda.

Mais les indicateurs économiques du Rwanda, notamment macro-économiques, sont bons en comparaison à la plupart des pays africains.

Le problème est que ce gouvernement rwandais, à force de vouloir un développement et une croissance accélérée, a aussi accéléré les inégalités, oubliant d’offrir plus d’opportunités pour les pauvres de sortir de la pauvreté. Ils sont encore trop nombreux, ces pauvres, à subir directement les contre-coups d’un boom économique fondé sur une politique libérale et d’ouverture sur le monde international 3.

Peut-être que l’interventionnisme de l’Etat qui fonde la gouvernance économique du Rwanda pourrait s’accompagner d’un interventionnisme de l’Etat au plan social, notamment en offrant plus d’opportunités d’emplois et de génération de revenus pour les pauvres, les vulnérables, les sans-opportunités de changer de statut social ?

Bref, le Gouvernement gagnerait à s’attaquer aux inégalités en prenant en compte plusieurs indicateurs économiques provenant de sources indépendantes, africaines et fiables. Toutefois, le processus de démocratisation du pays ne peut servir de variables d’ajustement, avec la disparition d’opposants politiques en 2019 4. YEA.

15 août 2019.

Dr Yves Ekoué AMAÏZO, PhD, MBA

Directeur Afrocentricity Think Tank

www.afrocentricity.info

© Afrocentricity Think Tank

Share