Le Ghana prend les devants dans le secteur boisSur la base des statistiques récentes de l’Organisation internationale des bois tropicaux (OIBT 1), personne ne peut contester la chute en volume au premier semestre de 2018 des exportations du bois et des produit dérivés du Ghana. Cette chute oscillerait entre 13 % et 25 % selon les sources nationales ou internationales.

Les principales essences exportées sont le tek, le wawa, le ceiba, l’acajou et le denya avec les pays suivants par ordre d’importance : l’Inde, la Chine, l’Allemagne, les Etats-Unis et le Burkina Faso 2.

1. CHUTE CONJONCTUREL DES EXPORTATIONS DU BOIS GHANÉEN

Le Ghana exporte vers l’Asie à 70 %, l’Europe à 13 % et l’Afrique à 11 %. Mais comme d’autres pays comme le Cameroun, le Congo ou le Gabon, le Ghana est de moins en moins compétitif.

Le bois, sous toutes ses formes, à savoir les billes de bois, les placages tranchés ou déroulés, les sciages séchés sont des bois non transformés ou ne sont transformés qu’à un niveau primaire, souvent le premier niveau de transformation dans la chaîne de valeur du bois.

Les pays africains exportateurs de bois n’ont pas fait grand-chose pour aider les opérateurs du secteur à améliorer leur positionnement dans la chaine de valeur mondiale, c’est-à-dire sécher à moindre coût le bois localement, le transformer localement en fabriquant ce qui se fabrique dans les marchés asiatiques avec des finitions parfaites.

C’est donc bien les coûts de facteurs, notamment le coût de l’électricité, le coût de l’eau, le coût de la logistique et des transports, l’industrialisation du secteur, l’amélioration de la formation, du savoir-faire, du soutien fiscal au talent et l’amélioration de l’environnement des affaires dans le secteur bois qui fait que les pays africains, le Ghana en particulier sont en train de constater que leur avantage comparatif (le fait de disposer de ce que les autres n’ont pas), se transforme en une perte de leur avantage compétitif, c’est à dire la capacité à transformer et à offrir à un prix compétitif un produit transformé, de qualité et dans les temps.

Les niveaux de stocks de bois et produits dérivés dans les pays industrialisés et dans les pays asiatiques sont élevés (plus de 3 mois d’importation). Cela signifie qu’aucune demande supplémentaire d’importation de bois ne viendra au secours de l’exportation de bois par le Ghana ou des pays africains dans un avenir proche.

Les stocks importants de ce bois dans les ports africains signifient que personne parmi les importateurs traditionnels n’est pressée d’importer du bois dont la qualité laisse parfois à désirer du fait du séchage et surtout du fait d’une performance logistique et une bureaucratie dans certains ports africains qui freinent la compétitivité des produits africains. La perte de compétitivité risque d’aller grandissant en Afrique dans tous les secteurs de non transformation des matières premières compte tenu des nombreuses barrières non tarifaires dont les règles d’origine ou phytosanitaires qui vont venir grever cette compétitivité africaine bien fragile.

2. DIMINUTION DES RECETTES PROVENANT DU BOIS NON TRANSFORMÉ

L’économie du Ghana a progressé de 0,4 % à 5,7 % au deuxième trimestre de 2019. Avec un taux d’inflation annuel autour de à 7,8 % au mois d’août 2019 selon les statistiques officielles ghanéennes, et une croissance de 6,5 % du secteur industriel qui représente 36 % de la richesse du pays et une croissance de 6,1 % du secteur des services 6,1 % représentant le secteur des services, c’est bien le secteur agricole qui ne représente moins de 13 % de la richesse nationale qui n’arrive plus à progresser 3. Le bois étant à l’intersection des secteurs agricoles et industrielles doit nécessairement être refondé à la lumière d’une approche basée sur l’avantage compétitif.

Les volumes d’exportation du bois au cours du 1er semestre 2019 ont chuté à 151 397 m3 contre 173 899 m3 au cours de la même période en 2018. En conséquence, les recettes d’exportation du secteur bois et dérivées pour le premier semestre 2019 ont diminué, passant de 102,99 millions d’euros en 2018 à 77,45 millions d’euros en 2019, soit une baisse de près de 25 % en un an 4. Cette défaillance en termes de baisse de volume de bois exporté a des conséquences sur les recettes, ce que reflète la balance des paiements, ce qui fait que moins de recettes n’entrent dans le budget de l’Etat pour soutenir le développement.

Il ne faut pas oublier qu’il y a une différence entre ce qui est enregistré au niveau national dans la balance commerciale par le Ghana et ce qui est enregistré au niveau de la balance commerciale des pays importateurs comme la Chine par exemple.

Autrement dit, il y a nécessairement aussi de la contrebande de bois, et ce ne sont pas les mesures d’interdiction sans contrôles sérieux et systématique des Etats qui vont stopper le phénomène. Si vous y rajouter la corruption, le problème est bien plus grave en termes de manque à gagner pour l’Etat ghanéen. Rappelons toutefois que l’Etat ghanéen a interdit depuis 2014 la récolte, le transport et l’exportation du « bois rose 5 », mais des exploitations illégales, des fraudes et des trafics ont été constatés.

3. GHANA ET LE SECTEUR DU BOIS : VERS L’INDUSTRIE DE LA RENOUVELABILITÉ

Avec la prise de conscience sur l’environnement, ce bois ne peut devenir un produit renouvelable que si une politique de replantation massive des divers types de bois est entrepris et soutenu par les pouvoirs publics.

Le Ghana est en train de promouvoir une nouvelle stratégie REDD + suite à une prise de conscience que l’interventionnisme de l’Etat doit servir assurer et faciliter la mise en place de mesures pour l’utilisation durable des ressources naturelles 6. REDD + signifie une volonté du pays pour réduire les émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts, ainsi que pour encourager la conservation, la gestion durable des forêts et la valorisation des stocks de carbone des forêts. En fait, c’est tous les problèmes inhérents à la déforestation et à la production de produits de base, notamment le bois qui seront pris en compte dans le cadre d’une vision de préservation et de renouvelabilité -et non de durabilité- des essences de bois. Mais cela ne pourra se faire sans une transformation locale du bois par les petites et moyennes entreprises locales.

Aussi, la solution réside dans la volonté politique et l’engagement de soutien indéfectible aux opérateurs économiques notamment les entrepreneurs pour qu’ils transforment localement et fabriquent en Afrique, en l’espèce au Ghana.

4. PRODUIRE EN AFRIQUE CE QUE PRODUISENT AILLEURS LES IMPORTATEURS DU BOIS AFRICAIN

Le Ghana doit produire localement les produits que les importateurs du bois du Ghana fabriquent. Donc, il faut industrialiser le secteur bois, sortir de l’informel pour aller au formel avec une taxe unique et faible pour les opérateurs africains. Mais pour revenir à l’intervention de l’Etat, il ne s’agit surtout de promouvoir des politiques incitatives et fiscales pour fabriquer en Afrique ce que souhaite les clients asiatiques du bois.

Mais cela signifie l’existence d’une volonté politique qui existe au Ghana mais n’est pas toujours au rendez-vous dans de nombreux pays en Afrique. YEA.

07 octobre 2019.

Dr. Yves Ekoué AMAÏZO, Ph D, MBA.

Directeur Afrocentricity Think Tank

© Afrocentricity Think Tank.

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