16 septembre 2011

Les dirigeants africains ont toujours cru qu’il y existait une alternative entre la pauvreté et l’indépendance. En fait, les deux sont liés. La Guinée qui a choisi l’indépendance en 1958 sans comprendre que c’est la sortie de la pauvreté qui va permettre de confirmer une véritable souveraineté se retrouve 50 ans après les indépendances dans une situation économique critique, même avec un président civil, démocratiquement élu.

Jacqueline K. Curtis  1

Consultante indépendante

Email : jacquelinecurtis11@gmail.com

1.    Entre liberté et pauvreté : Feu Sekou Touré a-t-il eu raison ?

L’hymne national guinéen  a toujours valorisé la renaissance africaine. Il suffit de rappeler cet extrait : « C’est la voix d’un peuple qui appelle tous ses frères de la grande Afrique. Bâtissons l’unité africaine dans l’indépendance recouvrée 2 ». La Guinée du feu Président Sékou Touré fière a été le premier pays à accéder à l’indépendance en 1958. Il en a tiré une fierté face à son « NON » mémorable au projet de Constitution proposé par le Général français Charles de Gaulle pour l’établissement d’une grande Communauté franco-africaine où la France garderait le contrôle sur les pays satellites de la zone francophone en Afrique tout en faisant miroiter la richesse à terme. Mais, le nationalisme et la volonté d’aller vers l’indépendance totale de Sékou Touré l’a emporté et se résume dans sa phrase mémorable  à l’adresse de la France condescendante : « Nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage 3 ».

Malheureusement, cette liberté n’a pas été partagée avec le Peuple guinéen au cours de son règne sanglant et dictatorial. Mais les deux dirigeants issus de l’armée qui lui ont succédé ne semblent pas avoir compris la soif des citoyens guinéens d’ouvrir une ère de liberté. Au  plan économique et avec une sorte d’embargo voilée de la France, la Guinée n’a pas connu un décollage économique au point de permettre à sa population au cours des 50 ans passés de constater une amélioration substantielle du pouvoir d’achat.  Alors, oui, les mots prononcés par feu Sékou Touré doivent être remis en cause. Il n’y a eu ni liberté, ni amélioration de la pauvreté. Il y a simplement eu une forme d’indépendance juridique. Il faut en conclure que sans une liberté et une gouvernance permettant l’amélioration de la croissance économique au service des populations, la Guinée de demain pourrait ressembler à la Guinée du passé.

2.    Faire disparaître la pauvreté en Guinée : un défi

La guinée reste à ce jour un des pays les plus pauvres de la planète avec un taux de croissance annuel moyenne sur les dix dernières années 1,9 % 4. Le pays manque cruellement d’infrastructures de base, principalement l’énergie sous toutes ses formes notamment électricité et l’eau). IL n’y a pas eu de développement des capacités productives et donc pas d’industrialisation du pays.

Considéré comme le château d’eau de l’Afrique car dotée d’un énorme potentiel hydraulique, les populations guinéennes souffrent de l’accès à l’eau potable et n’arrive pas à développer le secteur agro-pastoral. Il en est de même pour le secteur minier tel l’or, le diamant, l’alumine ou la bauxite (2/3 des réserves mondiales) pour ne prendre que ces exemples. Pour l’Alumine, ce sont des exportations sans transformation locale. Ce n’est donc pas étonnant que la Guinée n’ait pas fait progresser le bien-être des citoyens guinéens globalement. Le pays donne l’impression d’être toujours au même point que dans les premières années de son indépendance. Un paradoxe ave toutes ces richesses non exploitées et une diaspora guinéenne de très grande qualité !

Mais la vrai pauvreté et l’erreur stratégique des premiers dirigeants et ceux qui les ont suivi réside dans leur responsabilité dans l’institutionnalisation d’un fort taux d’analphabétisme (environ 50,4% d’hommes) et particulièrement inquiétant dans la population féminine (73,6% de femmes). Au fond, c’est bien de la mauvaise gouvernance à laquelle il faut rajouter l’instabilité politique, malgré la longévité des militaires au pouvoir. Peut-être qu’il faudra aussi rajouter une mentalité spéciale, celle d’une population qui offre comme solutions aux problèmes du développement, la fatalité. Il est certain que tous ces facteurs contribuent aux mal-développement de la Guinée. Mais, ceux qui détiennent des parcelles des pouvoirs politiques et économiques  de la Guinée ne sont pas exempts de toute corruption ou détournements de fonds publics. Si à cela, l’on rajouter la manque de transparence, le tableau dressé peut faire croire qu’il n’y aura jamais de porte de sortie. Le vrai défi est donc bien de sortir de la pauvreté pour chaque citoyen et donc d’apprendre     à créer de la richesse dans un environnement prévisible et transparent.

3.    Le nouveau départ de la Guinée : opter pour les civils

Le 3 décembre 2010, La cour suprême de Guinée à confirmé l’élection d’Alpha Condé à la présidence de la République. Il redevient le premier président civil élu démocratiquement depuis plus d’une cinquantaine années. Espoir ? Certainement, mais Mystère tout de même ! Monsieur le Président de la république, comme tout bon politicien n’a que de bonnes intentions et ne tarie pas de promesses dans l’ensemble de ses discours. Mais, les « vieux démons » n’ont pas disparus et les militaires ont toujours des velléités de reprendre le pouvoir, ceci avec ou sans soutien discret de l’extérieur de la Guinée. C’est ainsi qu’il faut noter qu’coup d’Etat a avorté à Conakry au cours du moins de juillet 2011.

Les attentes sont nombreuses et la population est impatiente. Une grande partie de cette même population oublie qu’elle a cautionné indirectement le système de gouvernance précédent qui a conduit à un véritable naufrage de la Guinée aux plans institutionnel, économique et social. Chaque Guinéen et Guinéenne doit faire des propositions au lieu d’attendre tout de l’Etat. Après tout, Monsieur le Président, est un nationaliste convaincu et doit s’entourer de gens qui peuvent l’aider à créer des richesses pour les citoyens… donc l’entrepreneuriat devra être promu en priorité. L’Etat doit donc devenir régulateur et laisser un peu le secteur privé s’organiser pour créer des emplois décents.

4.    Former en ne discriminant plus les femmes

Au niveau des grandes priorités, l’accent doit mis au plan budgétaire sur le soutien à la formation, le savoir et l’innovation non sans oublier l’éducation de base et technique. National. C’est bien connu qu’une bonne scolarisation à l’échelle personnelle est la base avec une priorité pour un rééquilibrage envers les femmes longtemps discriminées. Les conditions de liberté devraient inciter de nombreux Guinéens de l’extérieur à rentrer pour soutenir l’effort de développement en créant des entreprises et ramenant du savoir et de la technologie. Peut-être que si les opportunités de mieux-être étaient remplis depuis, la Guinéenne la mieux connue au plan mondial ces temps-ci, Mme Nafissatou Diallo ne serait pas partie aux Etats-Unis pour travailler comme femme de ménage dans un Grand Hôtel de la place et n’aurait pas rencontré un destin perfide où les riches gagnent les pauvres.

Le manque d’espoir n’est rien d’autre que le manque d’opportunité en Guinée pour améliorer son quotidien et celui de sa famille. Mais c’est le même dilemme pour tous les jeunes du pays. Cette jeunesse, coincée entre le marteau et l’enclume, finit par opter pour des solutions radicales qui au final ne sont pas toujours satisfaisantes.  Le retour d’un civil au pouvoir pourrait ouvrir des chances nouvelles si l’accent est porté sur la création de richesses et d’emplois avec une meilleure répartition des fruits de la croissance et la fin de l’impunité.

Il faut rappeler que la femme dans la société guinéenne est le socle de la famille. Elle gère le foyer en y contribuant à part égal. Les femmes guinéennes sont des battantes. En effet, elles sont prêtent à tout mettre en œuvre pour la réussite de leurs enfants. A ce titre, elles les retrouvent à la tête de nombreuses entreprises mais aussi comme travailleuses au sein de nombreux petits commerces. L’éducation des enfants prend une importance telle que cela rejaillit sur toute la société guinéenne. Aussi pour la transmission aux générations futures, il y a lieu de favoriser le rôle des femmes restant au foyer car c’est à terme la réduction de la criminalité et l’amélioration de la civilité. Même le Président Alpha Condé annonce que les femmes auront de plus en plus de pouvoir décisionnel.

5.    Information, transparence et prise de conscience

Sans les médias libres, une information transparente, il sera difficile d’avancer vers une société harmonieuse. Beaucoup de touristes continuent à s’exclamer en parlant aux citoyens guinéens : « Vous avez des richesses insoupçonnables en Guinées, mais vous semblez en ignorer l’existence ! ». Ces touristes n’ont pas tout à fait tort. Il importe donc que les Guinéens apprennent à connaître des potentialités de leur pays et s’impliquent à transformer les matières premières, même à petite échelle.

 Il est vrai que par le passé, c’était les dirigeants qui s’arrangeaient pour s’accaparer l’essentiel des richesses et opportunités sans les redistribuer d’ailleurs. A ce titre, il est important que le Gouvernement puisse mettre en place des programmes d’informations transparentes afin que la population elle-même se sente concernée et utile à son pays. « A quoi bon le soutien des autres si on a pas celui de son propre peuple ?».

La Guinée ne part pas tout à faire de zéro, mais tout est à faire, voire à refaire. Cela laisse une large place à l’innovation, l’originalité face aux besoins de plus en plus croissants de la population. La croissance économique annoncée pour 2011 est de 4 % et 4,5 % en 2012 5. Il y a espoir. Encore faut-il que cette croissance globale puisse se ressentir au niveau de chaque Guinéen et Guinéenne. La Guinée aura besoin de tous ses fils et filles pour sa renaissance économique après 52 ans de dictature et d’autoritarisme. Une équipe gouvernementale composée essentiellement de civils peut changer la donne. Mais il faudra se rendre à l’évidence que les premières années apparaitront comme une transition vers une alternance politique qui devra consolider l’ancrage vers la vérité des urnes. L’espoir de la renaissance de la Guinée reste à portée de mains ! JKC.

Pièces Jointes

LA RENAISSANCE DE LA GUINEE : Après les militaires, un civil à la tête de l'Etat
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